Eugène Ionesco, écrivain, “Un impressionniste du non figuratif”

En effet, seule la lumière compte qui sépanouit en larges taches diversement colorées, diversement opposées.

Des taches plutôt rondes, entourées de bruns, ouvrent des perspectives dans un ciel qui se compose de plusieurs bleus différents pour indiquer des hiérarchies ou constituer des plans divers. Le pinceau de ce vibrant coloristes est ferme, sûr de lui. Sa peinture est comme un kaléidoscope éclaté dans un espace immense, musicalité symphonique des formes, des volumes, tout un univers puissant et léger à la fois. C’est une promenade à laquelle nous convie Baron-Renouard, dans les sphères immédiates.

Quand on regarde ses toiles nous avons bien en effet le sentiment d’un envol, d’un parcours dans la réalité d’un monde imaginaire. Et réel, en effet, car c’est l’imaginaire qui est vérité spirituelle, les réalismes n’étant que des documents truqués et tendancieux.

Paysage Marin, 1989, Baron Renouard
Paysage Marin, 100×100, 1989, Baron Renouard

Baron-Renouard nous guérit de la claustrophobie, puisqu’avec ses tableaux, nous sommes dans des étendues très larges et diverses à la fois, que l’on traverse, ni trop vite ce qui empêcherait la contemplation, ni trop lentement, ce qui empêcherait l’allégresse.

L’oeil de l’aviateur qu’était Baron Renouard, n’a pas été sans influencer le regard du peintre. C’est ainsi que l’on peut dire que Baron Renouard est un réaliste de l’espace, ses grandes taches lumineuses sont cependant bien précises et construites, et construites sont ses toiles. Elles sont des architectures cézanniennes au dessus et au-delà de la terre.

Dans les cieux, mais pas tout à fait en haut, là, où il y a encore des formes, des apparitions, on voit des monstres bien plus souffrants que méchants, les dernières figures ou les arrières-figures de notre monde, pêts à disparaître, au-delà desquelles rien que le rien, si je puis dire se verra.

Picturalement, cela ce présente encore comme des tendues, comme des plages ou comme des compositions de couleurs, allant du rouge foncé au noir, vaste mais prêtes à fondre. Ou alors, est-ce que je vois bien des sortes de visages ? ou bien, ailleurs plus que blanc et du noir qui condensent les couleurs avant qu’elles ne s’engloutissent. Parfois, tout de même, des tons se ramassent, se serrent les uns contres les autres, comme pour une ultime défense dans le cosmos ou dans un cosmos où ils se défendent encore.

Avec Baron Renouard, c’est déjà donc au-delà de l’humain, me semble-t-il, une responsabilité, diversifiée coloristiquement comme les dernières traces de nos sentiments, de nos esprits.

Eugène Ionesco

Notes et références :
Préface d’Eugène Ionesco, écrivain
Exposition : rétrospective de Baron-Renouard – voir le catalogue de l’exposition
Lieu : Musée Seiji Togo, Tokyo, Japon
Date : 1981

 

 

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