Noël Coret, écrivain, “Comparaison entre Georges Braque et Baron-Renouard”

Au sortir de la guerre, plus passionné que jamais par la peinture, il obtient ses premiers prix internationaux. Waldemar George sut, avant tout le monde, discerner la profonde originalité stylistique de Baron-Renouard, déjà remarqué par la critique « Baron-Renouard ne peut ignorer que rien ne naît de rien. Il connaît l’étendue de la dette contractée par l’art contemporain vis-à-vis des peintres impressionnistes, des fauves et des cubistes. [“.] Matisse lui enseigne qu’une œuvre d’art doit porter en elle-même sa signification et s’imposer au spectateur-médium avant même qu’il en comprenne le thème. Il sait que son essence réside dans les lignes et dans le coloris et que le titre d’une toile ne fera que confirmer cette sensation première. » Et entrant au cœur de l’œuvre, Waldemar George poursuit l’argumentaire, ce dernier décrivant fort justement notre tableau… et, mis à part l’usage du gris, celui de Braque aussi: « Les paysages qu’il peint et interprète avec une liberté bien plus feinte que réelle sont de légères constructions linéaires d’une couleur flamboyante et d’une clarté diaphane. Ce sont des accords, des phrases ou bien des strophes de tons pigmentaires francs, à dominantes de bleus, de rouges ou de gris. […] Seuls subsistent les rythmes mixtes des valeurs chromatiques et graphiques. Seule demeure l’impression d’allégresse que dispensent des œuvres qui se situent à la limite exacte de la fiction et de la réalité. »

Soulignant le rôle des lignes et des coloris – l’artiste n’ignore rien des équivalences colorées de la lumière – , le critique mettait déjà le doigt sur les éléments les 1 plus distinctifs du système pictural de Baron- Renouard, révélant sans le vouloir certaines analogies avec Georges Braque. Nous y voyons, en plus, un sens de l’errance, une inclinaison certaine pour la prise de risque, un imaginaire bouillonnant, un élan créateur intarissable, inhérents au fauvisme. Un courant pictural que l’artiste connaît particulièrement bien, lui qui fut chargé par André Malraux, ministre des Affaires culturelles, d’organiser le soixantième anniversaire du fauvisme à Tokyo en 1965 1

De l’écrivain Camille Bourniquel à Henry Galy-Carles, en passant par Jean Rudel ou André Verdet, nombreux sont les critiques, historiens d’art, conservateurs ou hommes de lettres à s’être penchés ou épanchés sur la peinture de Baron-Renouard, fascinés par le déploie- ment des espaces plastiques rayonnant de subjectivité poétique, qui les interpellait au point de vouloir en éclairer le mystère avec les mots.

Ce mystère, seul un autre poète pouvait l’approcher.

« Avec Baron-Renouard, c’est déjà au-delà de l’humain, me semble-t-il, une sensibilité, diversifiée coloristiquement comme les dernières traces de nos sentiments, de nos esprits. »Ainsi parlait, de sa voix grave” Eugène Ionesco …

Couverture de Fauvisme (Edition France Loisir)
Fauvisme aux éditions France Loisir

Notes et références :
Auteur : Noël CORET, écrivain, Président du Salon d’automne
Titre : extrait de “Fauvisme : La couleur en héritage” aux éditions France Loisir
Date : Sept 2005

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