Français English Deutsch Italiano Español Chinese Title : '; } } $myWidgetVariable= new myWidget (); ?> Étude Louis Vaunois – 1922 – 4e Partie et fin | Paul RENOUARD, P.Rd, dessinateur (1845-1924) - ポール・ルヌアール

Étude Louis Vaunois – 1922 – 4e Partie et fin

avril 12, 2013  |  Posted by Paul Renouard  |  Commentaires fermés

Tel, Paul Renouard se promène par le monde. Ayant aidé Pils à terminer le plafond de l’Opéra, il devint vite le familier du concierge, de l’armurier, des pompiers, des guerriers, des choristes, des machinistes, du harpiste, de tout ce monde qui vit dans l’immense monument.

En ce temple, il a vu la danse. Là, un cardinal, crossé et mitré, déclara devant lui, avec une gravité sacerdotale et le plus pur désabusent sur la décadence des temps: « Aujourd’hui, on ne sait plus danser! » – C’était l’évêque de la Juive.

Il a vu les comparses des grandes tragédies lyriques, les chevaliers et les prophètes et les marcheuses, et les vieux abonnés. Il a vu le pontife de Moloch lire clans un journal du soir les scandales du Panama. Il a vu les danseuses – toutes : au foyer, en scène, dans leurs loges ; celles de la petite classe à leur leçon, les moyennes, cheveux dans le dos, s’exerçant au saut à la baie, et les grandes aux répétitions :

Et il a VU leurs mères ! Il a vu Madame Crampon, qui possédait tant d’esprit et laissait tomber de si jolis mots !

Un jeune homme passait. « Oh! qu’il est bien! » disent les mères. « C’est mon fils », affirme Madame Crampon.

« Qu’est-ce qu’il fait ? » demandent les mères.

Madame Crampon répond « Mon fils ? Il ne fait rien : il est artiste ! »

Paul Renouard condensa son expérience en seize figures qui forment le Ballet Idéal : toute la comédie de l’amour clans le décor de la fantaisie. Quand il a exposé cet ensemble, chaque panneau était précédé de ses préparations : primerement un ‘croquis ; puis une esquisse au fusain, pour déterminer les grandes valeurs ; ensuite un dessin plus complet ; après quoi, une aquarelle indique les couleurs : après encore, une ébauche peinte : enfin les grands panneaux détaillés, qui ne sont pas les panneaux définitifs. Renouard peut dessiner rapidement, mais il ccnnaît tous les scrupules de conscience.

Paul Renouard a vu les hommes politiques, les fous et les chefs d’orchestre. Il a vu les uns et les autres avec le même plaisir. Il a suivi la gymnastique d’Arturo Yigna conduisant l’orchestre de Monte-Carlo : une fougue qui dégénère en un total épuisement. Il a pénétré dans les asiles d’aliénés. Il s’est délecté aux congrès socialistes : nous savons qu’il n’entend pas les discours ; la violence des âmes Se traduit par des gestes, ce sont les gestes qui le passionnent. Il a assisté, rlurant l’expédition de Tunisie, à l’assassinat d’un journaliste par des fanatiques musulmans- Il a fréquenté les prisons tant en Angleterre qu’en France. Il a ~ontel11p é Gambetta sur son lit de mort : le corps du tribun restait seul avec un petit domestique qui sanglotait ; et de temps en temps le petit domestique montrait le poing vers le rez-de-chaussée où palabraient les amis : il trouvait qu’ils faisaient trop de bruit.

Renouard a vu les grands procès : Dreyfus, Zola, Humbert, Steinheil. Il monta sur les tables pour mieux voir. Au procès Steinheil, il guetta jusqu’au dernier instant : quelle révélation percerait sous le masque rose de l’accusée ? Il épiait cette parfaite comédienne. Maîtresse d’elle-même, jamais elle ne se démentait.

Mais lorsque, rentrant dans le box, elle apprit son acquittement, son visage se plomba, elle s’évanouit, s’affaissa en arrière : les bras vigoureux des gardes la reçurent. Ah! voilà enfin la sincérité ! C’est cela qu’il faut retenir, c’est cela qu’il faut croquer ! Le dessin est enlevé en quelques coups de crayon, et Renouard résume la scène en traçant cette légende au-dessous : « Elle meurt… en pensant à Van Dyck. »

Il a vu l’Armée du Salut ; et, à la maison du quai Valmy, les sermons de miss Booth au suave chapeau-cabriolet et à la petite jaquette soigneusement sanglée ; il l’a  »Vue prononcer : « Ce seul mot. Amour » Puis l’oratrice fronce les sourcils, met les mains sur la poitrine et semble s’en arracher des néologismes : « Cette turbulente qui te tourmente … » Enfin, calme, elle conclut : « N’oubliez pas Jesus ni le 187 quai Valmy »

Extraordinaire diversité d’une pareille oeuvre ! Regarder sans cesse, tel est le principe de chaque série et le lien entre les différents albums. On pourrait les réunir sous le titre : les regards de Renouard. Aucun ne répète les précédents. Jugez-en de nouveau.

Mouvement,. gestes et expressions : bêtes et gens ; ceux-ci valent celles-là : la mère-poule fait une conférence aux poussins, le singe fait des obscénités, l’homme mange, la femme passe. Le Livre d’or de l’exposition de I900. - Le Général Boulanger. – Le Jubilé de l’indépendance belge (1905). - Et Sarcey qui, posant devant l’artiste, lui ordonna : « Pensez à Rabelais ! »

Enfin, Renouard a beaucoup vu l’Angleterre, depuis les soldats jusqu’aux anarchistes. Là-bas, un général le pria de portraiturer le plus bel artilleur de l’armée anglaise : ce dernier était né à Bordeaux et se nommait Coulon.

Les anarchistes sont plus drôles. C’était au temps de Jack l’Eventreur. Ce Jack avait acquis une célébrité en assassinant les femmes. Après les avoir tuées, il mettait leur ventre à la porte de leur logis. Il terrorisait bon nombre de dignes citoyens. Si Renouard n’eut pas l’heur de le connaître, du moins fut-il admis chez les anarchistes. « J’étais bien tranquille chez ces anarchistes », dit-il avec nostalgie.

En effet, où serait-on mieux qu’au milieu des anarchistes quand ils se trouvent entre eux? C’est ce que proclame, en un rire de satisfaction quelque peu satanique, cet Israélite barbu : « Imbécile de bourgeois ! Mais l’anarchie, c’est le ciel ! » Et ses doigts s’écartent, au bout desquels on s’étonne de ne point distinguer des crocs rapaces.

De fait, Paul Renouard ne s’est pas du tout ennuyé avec les excellents anarchistes anglais. Hélas ! un jour arrivèrent des anarchistes français. Ce fut la fin du bonheur, et la brouille s’introduisit au sein de l’anarchie. La concierge rendit à l’artiste un signalé service en lui conseillant de filer avec son carton avant le débarquement de la police.

Donnant ses dessins au GraPhic, Renouard était très connu à Londres, surtout dans le Strand. Quand ils pensaient qu’il adviendrait quelque chose de curieux, les policemen allaient vers lui et, lui tirant la manche pour l’avertir, ils l’appelaient. « Mister Pi Hârdi », ce qui est la traduction anglaise de P. Rd, signature de Paul Renouard.

Une fois, passant dans East End, il rencontra un bonhomme à califourchon sur le derrière d’un petit âne. L’âne traînait une voiture que le bonhomme avait évidemment fabriquée lui-même avec des planches et des morceaux. Et la voiture était pleine de lys. L’homme revenait du marché. Renouard l’arrête et lui montre une livre-sterling : « Tu auras cela si tu te laisses vivre devant moi toute une journée. » L’autre accepte et conduit son portraitiste dans une vieille cour située derrière un énorme wharf où l’on essayait les sirènes des navires.

Cinquante sirènes hurlaient ensemble. On ne pouvait entendre sa propre voix. Imperturbable, Renouard s’installe, et dessine au milieu de cet infernal vacarme. Le soir, il n’avait pas perdu sa journée. Cette anecdote ne prouve pas seulement combien il s’abstrait du bruit ambiant. En outre elle montre que parmi les humbles il puise ses meilleures inspirations. Et encore ceci : des humbles surtout, la bonté se manifeste spontanément. N’est-ce pas la triple moralité qu’il convient de tirer de l’histoire que Renouard va nous raconter:
« Au temps où j’avais mon atelier rue de l’Arbre-Sec, j’en descendis, un soir de mai, vers 6 heures, afin de voir le crépuscule. Au moment de traverser la rue de Rivoli. je m’arrêtai sur le bord du trottoir : le soleil descendait dans l’axe de la rue. La brume bleue s’épandait, mais de la lumière s’accrochait aux passants : tous ces gens étaient auréolés. Un omnibus venait, sombre sur le fond de perle, et les derniers rayons rasant le pavé mettaient une flaque d’or sous les pattes des chevaux. Seul je remarquais ces choses ; personne autour de moi ne songeait à y prêter attention. Je restais sur le bord de ce trottoir, les yeux écarquillés, perdus, et je me disais : « Harmonie trop furtive pour que les autres la distinguent. C’est « stupide, mais je sens que c’est très beau. » Tout à coup, je fus rappelé à la réalité : une main tapotait ma main. Je sursaute comme un qu’on éveille, je regarde, et je vois près de moi une femme du peuple, bien modeste, une pauvre brave femme en fichu, qui me touche doucement le bras ; et alors elle me dit gentiment : « Monsieur, voulez-vous que je vous fasse traverser? »
« Elle m’avait pris pour un aveugle ! » 

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