{"id":296,"date":"2012-05-18T08:33:20","date_gmt":"2012-05-18T06:33:20","guid":{"rendered":"http:\/\/www.baronrenouard.com\/blog\/?p=296"},"modified":"2021-02-25T17:10:51","modified_gmt":"2021-02-25T15:10:51","slug":"musees-de-france","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.baronrenouard.com\/blog\/musees-de-france\/","title":{"rendered":"Lettre \u00e0 ma fille pour ses douze ans, Vadime Elisseeff"},"content":{"rendered":"\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #000000;\">Lettre \u00e0 ma fille pour ses douze ans (<a href=\"http:\/\/www.baronrenouard.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2013\/06\/Lettres-arts.pdf\">voir l&rsquo;article<\/a>)<br \/>\n<\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n<p>Va donc au salon d&rsquo;Automne, pour une premi\u00e8re fois, va surtout voir ce qu&rsquo;a peint notre&nbsp;ami Baron-Renouard pour le plaisir de tous et pour le tien aussi.<\/p>\n\n\n\n<p>Au seuil des cimaises, ouvre tes yeux et garde-les ouverts: souviens-toi de tes voyages&nbsp;lointains, presse la m\u00e9moire de tes yeux pour qu&rsquo;ils te restituent toutes les images du&nbsp;monde que, de l&rsquo; \u00e2ge des premiers pas \u00e0 celui de la pleine raison, tu as pu contempler.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis, forte de cette charge, cligne-les un instant, donne-Ieur ce repos ou plut\u00f4t ce retour&nbsp;vers l&rsquo; int\u00e9rieur d&rsquo;o\u00f9 jaillit la d\u00e9tente, comme \u00e0 la minute o\u00f9 tu pr\u00e9pares un plongeon:&nbsp;car tu vas changer de monde pour p\u00e9n\u00e9trer dans le tien, celui o\u00f9 rien ni personne ne&nbsp;peut t&rsquo;atteindre, l\u00e0 o\u00f9 vit ce que tu es et qui tu es.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter is-resized\"><a href=\"http:\/\/www.baronrenouard.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/06\/COMME__L_EAU_ET_LE_-copie1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.baronrenouard.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/06\/COMME__L_EAU_ET_LE_-copie1.jpg\" alt=\"Comme l'eau et le feu, oeuvre de Baron-Renouard\" class=\"wp-image-776\" width=\"289\" height=\"305\" srcset=\"https:\/\/www.baronrenouard.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/06\/COMME__L_EAU_ET_LE_-copie1.jpg 1382w, https:\/\/www.baronrenouard.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/06\/COMME__L_EAU_ET_LE_-copie1-283x300.jpg 283w, https:\/\/www.baronrenouard.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/06\/COMME__L_EAU_ET_LE_-copie1-968x1024.jpg 968w\" sizes=\"(max-width: 289px) 100vw, 289px\" \/><\/a><figcaption>Comme l&rsquo;eau et le feu, oeuvre de Baron-Renouard<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u00e9blouissement va d&rsquo;abord te saisir, devant un immense kal\u00e9idoscope immobile, qui&nbsp;refusera d&rsquo;ob\u00e9ir \u00e0 tes mains et autour duquel tu devras tourner: la grande oeuvre ne se&nbsp;laisse pas saisir en un seul souffle et il te faudra une premi\u00e8re reconnaissance. Tout \u00e0&nbsp;coup, une forme l&#8217;emportera dans ton essor et tu y devineras cette vision a\u00e9rienne qui a&nbsp;tant marqu\u00e9 tes jeunes ann\u00e9es tu vivras un nouveau survol tu sentiras, encore, mais&nbsp;emport\u00e9e par un rythme diff\u00e9rent du tien, la course de ces paysages fugaces dont&nbsp;l&rsquo;artiste a tir\u00e9 le meilleur de lui-m\u00eame, fascin\u00e9 par leur caract\u00e8re \u00e9ph\u00e9m\u00e8re au sein d&rsquo;un&nbsp;perp\u00e9tuel mouvement. Laisse toi conduire d&rsquo;un bord \u00e0 l&rsquo;autre, suit la cadence du&nbsp;rythme et tes yeux retrouveront le chant d&rsquo;une m\u00e9lodie.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout y est : vaux et monts, flaques et ruisseaux nu\u00e9es et vent, bois et champs, ch\u00e2teaux&nbsp;de satin et masures de toile. Deux taches aux couleurs plus \u00e9clatantes, une ligne m\u00e9diane&nbsp;plus claire: un ravin s\u00e9pare deux plans. Le saut se fait avec quelques vertiges, mais la&nbsp;course continue et la vitesse d\u00e9c\u00e9l\u00e8re tandis que les taches, nagu\u00e8res longues, deviennent&nbsp;plus courtes. Des lignes \u00e0 peine \u00e9voqu\u00e9es t&rsquo;entrainent vers une courbe: serait-ce le d\u00e9but&nbsp;d&rsquo;un labyrinthe ou d&rsquo;une impasse? Non! c&rsquo;est un choc dont tu sors toute \u00e9tourdie. A la&nbsp;voie qui semblait t&rsquo;inviter \u00e0 la douceur d&rsquo;u.n renoncement succ\u00e8de une tache hurlante,&nbsp;surface de papier goudronn\u00e9 dont le r\u00e9sille \u00e0 gros brins de jute est l\u00e0 comme un hangar&nbsp;au milieu du pr\u00e9. n te faut reprendre haleine puis le contourner prudemment, passer&nbsp;par-dessus ou tout simplement l&rsquo;oublier comme une mis\u00e8re, une peine qu&rsquo;il faut effacer&nbsp;de son coeur.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce long voyage te livrera le secret de tes \u00e9motions les plus intimes, canalis\u00e9es et rendues&nbsp;sensibles par des arr\u00eats, des points de passage obligatoires mais tout le reste est \u00e0 toi, tu&nbsp;peux y musarder o\u00f9 y passer comme l&rsquo;\u00e9clair suivant ton humeur, ton \u00e9tat d&rsquo;\u00e2me,&nbsp;partition sans fin sur un th\u00e8me initial, que tu peux parcourir cent fois et cent fois revivre&nbsp;en toute pl\u00e9niture car elle est achev\u00e9e. L&rsquo;oeuvre est une harmonie referm\u00e9e, non point&nbsp;close, toujours ouverte en ses itin\u00e9raires, mais definie dans l&rsquo;espace par des ondes de sa&nbsp;palpitation qui ne s&rsquo;arr\u00eate jamais.<\/p>\n\n\n\n<p>Les traits, contourn\u00e9s ou nets, se chargent plus ou moins de couleurs; la tache color\u00e9e&nbsp;boude la ligne ou, au contraire, s&rsquo;appuie sur elle, dialoguant toutes les deux et se&nbsp;relayant \u00e0 tour de r\u00f4le. La forme pure s&rsquo;allonge ou se raccourcit, telle une fum\u00e9e, un&nbsp;oriflamme et, dans un mouvement, vous tire, vous dresse ou, tout \u00e0 coup, vous rejette \u00e0&nbsp;terre.<\/p>\n\n\n\n<p>De l&rsquo;informel se d\u00e9gagent ainsi tous les \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;un paysage virtuel ou ceux d&rsquo;une&nbsp;vision int\u00e9rieure. Le voyage de Baron-Renouard est celui-l\u00e0 m\u00eame qui hante peintres&nbsp;chinois et japonais, travaillant toujours au seuil de la lisibilit\u00e9, passant du d\u00e9j\u00e0 vu \u00e0 ce&nbsp;qu&rsquo;on n&rsquo;a point encore contempl\u00e9, \u00e0 travers jeux calligraphiques et tableaux cosmiques,&nbsp;balancement continu entre ce qui va \u00eatre et ce qui a \u00e9t\u00e9, moment privil\u00e9gi\u00e9 d&rsquo;une&nbsp;cr\u00e9ation qui s&rsquo;\u00e9bauche, r\u00e9v\u00e9lation d&rsquo;un tout que l&rsquo;on per\u00e7oit tant\u00f4t de pr\u00e8s, tant\u00f4t de&nbsp;loin suivant que l&rsquo;oeil se fIXe sur la mati\u00e8re ou sur la forme.<\/p>\n\n\n\n<p>H\u00f4te de la nature et partie du cosmos, tu y sentiras l&rsquo;\u00e9troite communion qui te lie \u00e0&nbsp;l&rsquo;Autre, \u00e0 tout ce qui n&rsquo;est pas toi; mais en m\u00eame temps tu t&rsquo;y retrouveras, comme dans&nbsp;un portrait, car n\u00e9e de la main d&rsquo;un artiste, chaque oeuvre ici-bas nous renvoie un peu&nbsp;de nous-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p>Vadime Elisseeff<br \/>\nConservateur en chef du Mus\u00e9e Cernuschi<br \/>\nInspecteur g\u00e9n\u00e9ral des Mus\u00e9es de France<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lettre \u00e0 ma fille pour ses douze ans (voir l&rsquo;article) Va donc au salon d&rsquo;Automne, pour une premi\u00e8re fois, va surtout voir ce qu&rsquo;a peint notre&nbsp;ami Baron-Renouard pour le plaisir de tous et pour le tien aussi. 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