{"id":826,"date":"2014-04-26T16:27:28","date_gmt":"2014-04-26T16:27:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.baronrenouard.com\/Renouard\/?p=826"},"modified":"2014-07-01T08:15:02","modified_gmt":"2014-07-01T08:15:02","slug":"hommes-devant-la-nature-et-la-vie-rodin-helleu-paul-renouard","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.baronrenouard.com\/Renouard\/hommes-devant-la-nature-et-la-vie-rodin-helleu-paul-renouard\/","title":{"rendered":"Hommes devant la nature et la vie : Rodin, Helleu, Paul Renouard&#8230;"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Extrait &#8211;<\/strong>\u00a0\u00ab\u00a0<span class=\"Apple-style-span\">Hommes devant la nature et la vie : Rodin, Helleu, Le Sidaner, Steinlen, E. Claus, P. Renouard, Ch. Cottet, J. W. Alexander, J.-F. Raffaelli, F. Thaulow, G. La Touche, A. Baertsoen, Aman-Jean, A. Lep\u00e8re\u00a0\u00bb, auteur :\u00a0Mourey, Gabriel (1865-1943)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Paul Renouard<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Paul Renouard m&rsquo;appara\u00eet comme le type le plus accompli du dessinateur moderne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il dessine comme il respire ; il ne peut regarder ni \u00e9couter sans dessiner ; le dessin est devenu pour lui une sorte de deuxi\u00e8me sens qui fonctionne \u00e0 l&rsquo;unisson des autres, enregistre et fixe, pour la plus grande joie de ses contemporains, toutes les impressions, toutes les sensations de ce sensitif infatigable et toujours avide de nouveaut\u00e9, de ce curieux dont la curiosit\u00e9 n&rsquo;est jamais satisfaite, de ce vibrant \u00e0 outrance qui est est Paul Renouard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9trange physionomie d&rsquo;homme et d&rsquo;artiste que celle-ci, spirituelle et sympathique, et tr\u00e8s fran\u00e7aise, en v\u00e9rit\u00e9, avec sa souplesse d&rsquo;assimilation, sa vivacit\u00e9 de vision, son abondance primesauti\u00e8re. Au physique, ce diable de petit homme barbu et chevelu, -tr\u00e8s chevelu encore&#8230;surtout, soit dit sans le blesser, quand il a la t\u00eate couverte-, ressemble \u00e0 un Maure ; les traits sont \u00e9nergiques, le teint haut en couleur, le poil d&rsquo;un noir d&rsquo;\u00e9b\u00e8ne o\u00f9 brillent quelques fils d&rsquo;argent, les yeux extraordinairement vifs et per\u00e7ants, le sourire ironique et malin. Sa conversation p\u00e9tille, fertile en aper\u00e7u originaux, en souvenirs aigus et pr\u00e9cis comme son art, et la m\u00eame puissance de vie qui anime ses dessins la fait imag\u00e9e alerte, nourrie de faits et d&rsquo;impressions personnelles. Au demeurant, tr\u00e8s simple d&rsquo;allure et un peu sauvage, enthousiaste et sceptique, arm\u00e9e d&rsquo;une volont\u00e9 forte et d&rsquo;une ind\u00e9pendance d&rsquo;esprit que rien n&rsquo;entame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour ce qui est de l&rsquo;artiste, il est peu dont le talent soit aussi connu, aussi appr\u00e9ci\u00e9 que le sien, dans le vieux monde et dans le nouveau. Par la vari\u00e9t\u00e9 des sujets qu&rsquo;il traite, au gr\u00e9 de l&rsquo;actualit\u00e9, on peut dire universelle, par la fa\u00e7on intense qu&rsquo;il a de ressentir les choses et de les fixer, par le souci d&rsquo;exactitude qui lui est propre et dont t\u00e9moignent ses croquis les plus sommaires, ses plus rapides notations, il s&rsquo;est conquis un public innombrable, cet innombrable public des grands journaux illustr\u00e9s, sur qui l&rsquo;image, la repr\u00e9sentation graphique de la vie contemporaine, exerce tant d&rsquo;attrait. La myst\u00e9rieuse et \u00e9trange chose, en v\u00e9rit\u00e9, que cette s\u00e9duction de l&rsquo;image et comme il faut qu&rsquo;elle soit conforme aux besoins de la nature humaine, pour, depuis des si\u00e8cles et des si\u00e8cles, s&rsquo;exercer toujours aussi vivace et aussi irr\u00e9sistible ! Il semble qu&rsquo;une lassitude de la figuration conventionnelle, de la transcription de la r\u00e9alit\u00e9 devrait gagner les civilis\u00e9s \u00e0 outrance que nous sommes devenus, et il n&rsquo;en est rien : le charme n&rsquo;a rien perdu de sa force. Ce serait un livre admirable que celui o\u00f9 un historien, p\u00e9n\u00e9trant et dou\u00e9 d&rsquo;une belle force d&rsquo;\u00e9vocation, nous conterait l&rsquo;\u00e9volution du dessin populaire, son influence sur l&rsquo;esprit et les moeurs, nos montrerait, \u00e0 travers les \u00e2ges et les races, les diff\u00e9rentes \u00e9tapes de sa domination, jusqu&rsquo;\u00e0 cette floraison extraordinairement abondante et riche de notre \u00e9poque qui a r\u00e9volutionn\u00e9, par la d\u00e9couverte des proc\u00e9d\u00e9s de reproduction en usage, l&rsquo;univers entier de l&rsquo;art.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;oeuvre de Renouard et son succ\u00e8s sont une des preuves les plus nettes de la puissance du dessin sur les foules, car il aura eu cette rare fortune, qui est une des marques de sa sup\u00e9riorit\u00e9, de plaire aux masses et \u00e0 l&rsquo;\u00e9lite. Les unes, il les enchante par son amour de la v\u00e9rit\u00e9 et l&rsquo;acuit\u00e9 d&rsquo;expression de son crayon ; l&rsquo;autre, il la conquiert par ses incomparables qualit\u00e9s techniques, par sa souplesse, son esprit alerte, ses sous-entendus, sa prodigieuse dext\u00e9rit\u00e9. Dans le sens le plus \u00e9lev\u00e9 du mot, Renouard est un journaliste incomparable du dessin, et je n&rsquo;entends nullement, en employant cette \u00e9pith\u00e8te tant d\u00e9cri\u00e9e, h\u00e9las ! le diminuer le moins du monde. Il a du journaliste de l&rsquo;\u00e9poque h\u00e9ro\u00efque, du journaliste comme il y en a eu beaucoup, et comme il y en a encore quelques-un, toutes les qualit\u00e9s : la conscience, la vivacit\u00e9 de touche, l&rsquo;amour, du document direct, la puissance d&rsquo;assimilation, la facult\u00e9 de se passionner, \u00e0 un \u00e9gal degr\u00e9, pour tout, et il y a du style, un style imag\u00e9, vivant, qui excelle \u00e0 tout dire en peu de lignes, qui sait noter les fluctuations d&rsquo;id\u00e9es, les mouvements, les caract\u00e8res, les gestes, et de montrer, derri\u00e8re ces mouvements, ces caract\u00e8res, ces gestes, les pens\u00e9es ou les instincts. Avec quelle ma\u00eetrise il met en lumi\u00e8re l&rsquo;essentiels d&rsquo;une sc\u00e8ne, d&rsquo;un personnage, d&rsquo;une foule, et cela sans parti pris, sans proc\u00e9d\u00e9, avec la plus grande simplicit\u00e9 de moyens !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tous les milieux le s\u00e9duisent, tout ce qui vit l&rsquo;attire ; il p\u00e9n\u00e8tre les moeurs, il assiste \u00e0 la vie moderne, int\u00e9ress\u00e9 par tout, captiv\u00e9 par tout, par tout ce qu&rsquo;il entend, par tout ce qu&rsquo;il sent. Il va \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra, \u00e0 la Bourse, \u00e0 la Salp\u00e9tri\u00e8re, \u00e0 la Cour d&rsquo;assises, il erre dans les faubourgs de travail et de mis\u00e8re, il passe des soir\u00e9es dans les coulisses des th\u00e9\u00e2tres et des cirques, il se m\u00eale \u00e0 la foule ardente des r\u00e9unions populaires, il suit les fun\u00e9railles des grands hommes, il a sa place aux sacres des rois, aux grandes parrades militaires, mondaines ou sportives, aux ouvertures des parlements ; c&rsquo;est, ici, Rochefort voyageant \u00e0 Carmaux, Jaur\u00e8s chantant la Carmagnole, les Mines, les Invalides, le Palais de Justice, la Messe\u00e0 Mazas, Gambetta \u00e0 la tribune, l\u00e0, les Coulisses du th\u00e9\u00e2tre Annamite \u00e0 l&rsquo;Exposition de 1889, le Conservatoire, Sarcey conf\u00e9renciers, les Professeurs de cuisine, le Proc\u00e8s Zola, l\u00e0, les habitu\u00e9s de la roulette, Monte-Carlo, le Tir aux Pigeons, le Carnaval de Nice, que sais-je ? Pour Croquer la sc\u00e8ne typique, le document unique, pour noter le fait pittoresque et exceptionnel, aucune fatigue ne le rebute, aucun d\u00e9placement de l&rsquo;effraie. Il va, il est toujours partout&#8230;et ailleurs, l\u00e0 enfin o\u00f9 il faut \u00eatre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A Londres, o\u00f9 il vit presque autant qu&rsquo;\u00e0 Paris et qu&rsquo;ailleurs, c&rsquo;est le Parlement, Drury-Lane, la Salvation Army, les Prisons, le quartier des docks, les fumeries d&rsquo;opium de l&rsquo;East-End, le Lyceum theatre, les Cours de Justice, les casernes de horse-guards, le monde des sports, les music-halls, la RoyalAcademy qu&rsquo;il explore et qui lui inspire,t des s\u00e9ries et des s\u00e9ries de dessins, dont les lecteurs du Graphic appr\u00e9cient les qualit\u00e9s de justesse et d&rsquo;exactitude, la vision souple fine, l&rsquo;acuit\u00e9 puissante. L&rsquo;amusante s\u00e9rie que celle de ses \u00ab\u00a0Croquis de poche \u00e0 Londres\u00a0\u00bb, et avec quel sens de l&rsquo;humour, comme en marge de ses grandes pages, il y fait vivre les types de la vie journali\u00e8re anglaise, clubmen enfouis dans les vastes fauteuils de cuir, arrosant leur digestion d&rsquo;innombrables \u00ab\u00a0wisky and soda\u00a0\u00bb, visiteurs dans les mus\u00e9es, policeman de la National Gallery qui vous documente sur les ma\u00eetres du Quattrocent et sur Turner, le policeman de gare qui prend pour vous les tickets, enregistre vos bagages, vous porte votre valise, les copistes de la National Gallery, les promeneurs de Hyde-Park, les dormeurs des jardins de Kensington, les cochers, les conducteurs d&rsquo;omnibus, le petit monde des \u00e9coles de l&rsquo;Est, la classe des b\u00e9b\u00e9s&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il assiste au Jubil\u00e9 de la Reine, \u00e0 des Distributions de prix par le doyen de l&rsquo;Abbaye de Westminster, au Remontage de l&rsquo;horloge de la Tour du Parlement, aux Royal Tournaments, aux Classes de danse de Mrs Katie Lanner, aux s\u00e9ances du Cercle anarchiste de Berners street. Puis, c&rsquo;est l&rsquo;Irlande, une suite de pages douloureuses et poignantes, d&rsquo;un pittoresque sombre, d&rsquo;une v\u00e9rit\u00e9 \u00e9mue, qui demeurent inoubliables : Enfants portant la tourbe pour payer l&rsquo;\u00e9cole, Le Meeting, Une Eviction, Apr\u00e8s l&rsquo;Eviction, Observant les approches de la police&#8230;<\/p>\n<div id=\"attachment_847\" style=\"width: 217px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/www.baronrenouard.com\/Renouard\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/38_00217.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-847\" class=\" wp-image-847\" src=\"http:\/\/www.baronrenouard.com\/Renouard\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/38_00217.jpg\" alt=\"Hon. John James Ingalls, of Kansas, President of the Senate of the United States.\" width=\"207\" height=\"306\" srcset=\"http:\/\/www.baronrenouard.com\/Renouard\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/38_00217.jpg 412w, http:\/\/www.baronrenouard.com\/Renouard\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/38_00217-202x300.jpg 202w\" sizes=\"(max-width: 207px) 100vw, 207px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-847\" class=\"wp-caption-text\">Hon. John James Ingalls, of Kansas, President of the Senate of the United States.<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le voila \u00e0 Rome pendant la semaine sainte, \u00e0 Washington pendant le Congr\u00e8s, et c&rsquo;est la vie politique d&rsquo;outre-mer, saisie sur le vif dans une collection de portraits et de sc\u00e8nes aussi expressifs que spirituels : le Comit\u00e9 des Appropriations, le Comit\u00e9 des Voies et Moyens, la Gauche, la droite, les Repr\u00e9sentants de la Presse au Parlement, le St\u00e9nographe, les portraits de M. Carlisle, pr\u00e9sident de la Chambre des d\u00e9put\u00e9s, de M. Ingalls, pr\u00e9sident du S\u00e9nat&#8230;A propos de ce dernier portrait, Renouard conte avec sa verve fine les circonstances dans lesquelles il le fit. C&rsquo;\u00e9tait apr\u00e8s une s\u00e9ance o\u00f9 M. Ingalls venait de prononcer un violent discours contre le pr\u00e9sident Cleveland. L&rsquo;orateur \u00e9tait tout vibrant d&rsquo;\u00e9loquence : Renouard obtint de lui deux heures de pose, dans une pi\u00e8ce voisine de la salle des s\u00e9ances.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au bout d&rsquo;une demi-heure de travail, renouard crut convenanble de demander \u00e0 son mod\u00e8le s&rsquo;il ne souhaitait pas se reposer un peu. -Je vous remercie dit le pr\u00e9sident Ingalls, continuez, je ne suis pas fatigu\u00e9. Il se remet \u00e0 la besogne. Une demi-heure se passe. Renouard r\u00e9it\u00e8re sa proposition ; m\u00eame r\u00e9ponse. Et quatre fois de suite il en fut de m\u00eame. &#8211; Quand j&rsquo;eus donn\u00e9 mon dernier coup de crayon, dit Renouard, j&rsquo;\u00e9tais \u00e0 boust de forces. Je me sentais d\u00e9faillir, la sueur m&rsquo;inondait. M. Ingalls avait garder la pose , deux heures durant, sans un mouvement, sans donner le moindre signe d&rsquo;impatience ou de fatigue. S&rsquo;apercevant cependant de l&rsquo;\u00e9tat dans le quel je me trouvais, il m&rsquo;offrit son bras et me reconduisis jusqu&rsquo;\u00e0 la porte, sans m\u00eame me demander \u00e0 voir son portrait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A propos de chacun des innombrables portraits qu&rsquo;ex\u00e9cuta Renouard, au cours de l&rsquo;actualit\u00e9, il faudrait citer un mot ou une anecdote. C&rsquo;est ce qu&rsquo;il sait \u00e0 merveille observer et se souvenir, et ses portraits en sont la preuve. Les types les plus divers s&rsquo;animent en son crayon, avec une intensit\u00e9 et une intimit\u00e9s \u00e9gales. Citerai-je ceux qu&rsquo;il fit pour la Revue illustr\u00e9e, pour l&rsquo;Illustration, pour le Graphic : Sarah Bernhardt et Sardou, Ambroise Thomas, Alexandre Dumas fils, \u00c9mile Bergerat, Ravachol, Chevreul, Louis M\u00e9nard, Meissonnier, Saint-Saens, le g\u00e9n\u00e9ral Boulanger, et toute la s\u00e9rie des membres de l&rsquo;Isntitut et de la Chambre des D\u00e9put\u00e9s, puis Alma-Tadema, Sir J. E. Millais, la mar\u00e9chale Booth, Sir Frederick Leigthon, Luke Fildes, les neuf croquis d&rsquo;Irving dans le r\u00f4le de Mephistopheles ? Citerai-je surtout cette galerie de portraits de l&rsquo;affaire Dreyfus, qui va du premier proc\u00e8s Zola au proc\u00e8s de Rennes, nous montre, dans l&rsquo;ardeur vibrante de la lutte, tous les acteurs du terribles drame, et s&rsquo;ach\u00e8ve \u00e0 Londres dans la Chambre d&rsquo;Esterhazy. Quelle mine de documents pour les historiens de l&rsquo;avenir, quel tr\u00e9sor de v\u00e9rit\u00e9 sinc\u00e8re et poignante !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car la grande force de M. paul Renouard, c&rsquo;est sa sinc\u00e9rit\u00e9 et sa passion de v\u00e9rit\u00e9. Par l\u00e0, et par le don puissant qui est le sien de traduire l&rsquo;action, il se rapproche des grands japonais ; il a la m\u00eame absence de parti pris devant la nature, qu&rsquo;il ne regarde ni en id\u00e9aliste ni en r\u00e9aliste, je veux dire en dehors de toute pr\u00e9occupation d&rsquo;\u00e9cole et de toute formule \u00e9tablie. Aussi est-ce fort justement que M. Tadamasa Hayashi, dans la pr\u00e9face qu&rsquo;il signait en t\u00eate du catalogue d&rsquo;une Collection de dessins et eaux fortes par Paul Renouard, expos\u00e9e \u00e0 la Bodini\u00e8re en 1894, \u00e9crivait en annon\u00e7ant qu&rsquo;il faisait don au mus\u00e9e de Tokio d&rsquo;une s\u00e9rie d&rsquo;Oeuvres de Renouard :\u00a0\u00bbSi l&rsquo;on jette un coup d&rsquo;oeil sur l&rsquo;histoire de l&rsquo;art au Japon, on voit que la plus ancienne \u00e9cole est sortie de l&rsquo;art bouddhique, d\u00e9riv\u00e9 enti!rement de l&rsquo;art indien. Viens ensuite l&rsquo;\u00e9cole chinoise avec une influence persistante&#8230;Depuis dix si\u00e8cles, on descend la pente, et aujourd&rsquo;hui nos artistes sont \u00e9puis\u00e9s, parcequ&rsquo;ils n&rsquo;ont fait que se copier les uns les autres. Pour remonter ce courant, il faut un \u00e9l\u00e9ment nouveau, qui est l&rsquo;esprit de l&rsquo;art fran\u00e7ais et moderne. Voil\u00e0 pourquoi je transporte une galerie parisienne dans une ville de l&rsquo;Extr\u00eame-Orient, non pas pour que nos artistes moderne copient les oeuvres, mais pour leur faire comprendre que l&rsquo;observation de la nature peut seule produire des oeuvres int\u00e9ressantes. L&rsquo;exposition que nos ouvrons ici a pour but de montrer une s\u00e9rie de dessins M. P. Renouard, qui s&rsquo;associe \u00e0 mon oeuvre, et de t\u00e9moigner mon admiration \u00e0 l&rsquo;art fran\u00e7ais qui fera, je l&rsquo;esp\u00e8re, ma\u00eetre au Japon une nouvelle \u00e9cole, dans un sentiment analogue, mais sous une forme diff\u00e9rente.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rien n&rsquo;est plus vrai, et il n&rsquo;y a pas un mot \u00e0 ajouter. Voil\u00e0 en quoi des oeuvres, comme celles de Renouard d\u00e9pouill\u00e9s de tout mani\u00e9risme, de tout proc\u00e9d\u00e9, esclaves de la v\u00e9rit\u00e9 dans son essence, sont pr\u00e9cieuses et f\u00e9condes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous l&rsquo;avons vu, tout \u00e0 l&rsquo;heure, promenant \u00e0 travers le monde sa curiosit\u00e9 insatiable, notant les aspects de la vie humaine sous toutes ses manifestations. Il nous reste \u00e0 l&rsquo;\u00e9tudier maintenant tel qu&rsquo;il nous appara\u00eet dans sa compr\u00e9hension, et comme observateur, de la vie animale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ce recueil de plus de deux cents planches grav\u00e9es, presque toutes, \u00e0 l&rsquo;eau-forte par lui-m\u00eame, -quelques-unes, une vingtaine, sont dues au burin de F. Florian, -et qu&rsquo;il intitule si explicitement, Mouvements, Gestes, Expressions, il se rel\u00e8ve entier, sous les deux faces de son talents et de sa vision. Au Salon du Champs de Mars de 1898 figurait dans sa presque totalit\u00e9 cette oeuvre pr\u00e9cieuse, et ce fut un \u00e9merveillement. Chats, chiens, ch\u00e8vres, poules, canards, crapauds, cochons, tigres, lapins, oiseaux, vivaient, miaulaient, aboyaient, caquetaient, croassaient, grognaient, hurlaient, gazouillaient dans ces pages audacieuses, d\u00e9bordantes de vie. Rien de plus charmant dans la puissance, rien de plus puissant dans la gr\u00e2ce. Cela fleurait la nature vigoureuse et saine ; les mouvements de cette m\u00e9nagerie \u00e9taient fix\u00e9s, saisis, par une pointe rapide, grasse et vive, avec des bonheurs et des audaces \u00e0 ravir tous ceux qui aiment et sentent l&rsquo;art du dessin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des animaux avec leur mouvements, on passait aux enfants et aux hommes avec leur gestes, danseuses, p\u00eacheurs \u00e0 la ligne, petits enfants malades, gymnastes, et les gestes de l&rsquo;homme serpent, et les gestes du dernier discours de Gambetta, et les gestes de l&rsquo;avocat, Me Demange, Messieurs les jur\u00e9s, M. Manau, les g\u00e9n\u00e9raux de Pellieux et Gonse, etc., etc. Et l&rsquo;on arrivait ainsi au sommet de l&rsquo;\u00e9chelle vivante : aux expressions. L&rsquo;art supr\u00eame du dessinateur triomphait l\u00e0, dans des finesses extraordinaires, dans des simplifications de model\u00e9 vraiment \u00e9tonnantes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et partout, au cours de ces deux cents pages, comme au cours de son oeuvre enti\u00e8re, passait ce frisson d\u00e9licieux de la vie, saisie dans ses d\u00e9licatesses et ses brutalit\u00e9s, dans sa gr\u00e2ce et ses cruaut\u00e9s, dans ses sourires et ses larmes, avec, parfois, de jolies note d&rsquo;humour, une couleur, non, une nuance, d&rsquo;ironie sans malice et sans pessimisme. Serait-ce \u00e0 dire que Renouard recule ou h\u00e9site devant la r\u00e9alit\u00e9s douloureuses, au seuil des terribles \u00a0mis\u00e8res contemporaines, des drames noirs de la vie, il aime trop la v\u00e9rit\u00e9, pour cela ; je signalais tout \u00e0 l&rsquo;heure certaines de ses pages d&rsquo;Irlande ; il en a sign\u00e9 d&rsquo;autres non moins terribles et o\u00f9 vraiment, alors, devant tant de souffrances ou d&rsquo;infamies, il semble que son crayon, si \u00e9pris de r\u00e9alit\u00e9 qu&rsquo;il soit, s&rsquo;attendrisse et s&rsquo;apitoie. Dans les bas-fonds de Paris et de Londres, dans ces enfers du vice et de la mis\u00e8re des grandes capitales, il est descendu, avide de tout conna\u00eetre et de tout noter, et la moisson qu&rsquo;il a faite reste comme une des plus riches et des plus sombres qui ait jamais \u00e9t\u00e9 faite par un dessinateurs moderne. Et c&rsquo;est l\u00e0, cependant, le m^me artiste qui sait si exquisement faire s&rsquo;\u00e9lancer, dans la lumi\u00e8re artificielle de la rampe et des herses, le rythme ail\u00e9 des danseuses, qui sait peindre avec tant de tendresses les gestes ind\u00e9cis de l&rsquo;enfance !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet \u00e9clectisme de la sensibilit\u00e9, ce don de s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 toutes les manifestations de la vie, s&rsquo;\u00e9panouit d&rsquo;une fa\u00e7on plus \u00e9clatante encore, si possible, dans la suite des quelque cinquante planches destin\u00e9es \u00e0 \u00eatre offertes par le minist\u00e8re du Commerce, En comm\u00e9moration de l&rsquo;Exposition Universelle de 1900, \u00e0 tous les artisans officiels de cette grande f\u00eate pacifique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sous l&rsquo;eau-forte en trois couleurs du frontspice, o\u00f9 chante dans une gloire , parmi des attributs symboliques, le coq gaulois, le dessinateur a r\u00e9uni : d&rsquo;abord les portraits du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, de MM. Picard, Millerand, Waldeck-Rousseau, Leygues, Roujon, de la plupart des commissaires g\u00e9n\u00e9raux \u00e9trangers, enfin par un sens philosophique vraiment curieux, du v\u00e9rificateur des comptes de l&rsquo;Exposition, de l&rsquo;homme sous les yeux de qui d\u00e9fil\u00e8rent les formidables totaux des d\u00e9penses et des recettes de la colossale entreprise. Toutes ces effigies s&rsquo;imposent par leur v\u00e9rit\u00e9 et l&rsquo;intensit\u00e9 de vie qu&rsquo;elles contiennent, mais il faut consid\u00e9rer le portrait de M. \u00c9mile Loubet comme une pur chef d&rsquo;oeuvre : visage de bont\u00e9, de r\u00e9flexion et de finesse, o\u00f9 la bouche sourit discr\u00e8tement, o\u00f9 les yeux sont doux et clairs, et que domine un sentiment de ferme dignit\u00e9. Et l&rsquo;ing\u00e9nieuse id\u00e9e qu&rsquo;eue Renouard de repr\u00e9senter le chef de l&rsquo;\u00c9tat lisant ce beau discours \u00e0 l&rsquo;ouverture de l&rsquo;Exposition o\u00f9 il proclamait, avec tant de noblesse, la sup\u00e9riorit\u00e9 des oeuvres de solidarit\u00e9, de bont\u00e9, d&rsquo;amour, de tout ce qui tend \u00e0 accro\u00eetre la somme du bonheur humain, sur la science et l&rsquo;art eux-mpemes !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et c&rsquo;est, ensuite les aspects tumultueux des deux Palais, de belles visions d&rsquo;activit\u00e9 intelligente ; l&rsquo;Inauguration dasn la salles des F\u00eates, o\u00f9 le cort\u00e8ge appara\u00eet loin, l\u00e0-bas, petite masse obscure s&rsquo;avan\u00e7ant entre deux haies de gardes municipaux ; une impression de Palais de l&rsquo;Electricit\u00e9, tout blanc parmi les fum\u00e9es noires qui s&rsquo;\u00e9chappent des hautes chemin\u00e9es et les fourmillements noirs de la foule ; un curieux effect de perspectives a\u00e9rienne, les Pieds de la Tour Eiffel, vus du premier \u00e9tage ; les Electriciens posant des lampes dans la tour Eiffel, et le repos des \u00e9lectriciens \u00e0 la fin du jour, deux \u00e9tonnantes pages qui donnent, avec les \u00e9volutions agiles de ces hommes en plein ciel, une sensation de vertige ; le Trottoir roulant, quatre pointes-s\u00e8ches o\u00f9 Renouard a fix\u00e9, avec son esprit et sa science des gestes et des mouvements, les gesticulations incoh\u00e9rentes des voyageurs de l&rsquo;\u00e9trange machine ; le Cort\u00e8ge des Malgaches ; la fuite \u00e9perdue de la foule sous la pluie d&rsquo;orage au Trocadero ; l&rsquo;intimit\u00e9 \u00a0du D\u00e9jeuner en plein air aux Indes N\u00e9erlandaises ; la Visite des maires \u00e0 l&rsquo;\u00c9lys\u00e9e ; le L\u00e2cher des pigeons voyageurs sous le portique du Palais des arm\u00e9es de terre et de mer ; le Temple kmer ; enfin, la foule montant au palais des Illusions, une superbe planche d&rsquo;un philosophie profonde, avec la cohue effr\u00e9n\u00e9e de tout ce peuple vers le paradis des mirages et des r\u00eaves&#8230;et l&rsquo;\u00e9tonnant aspect de l&rsquo;Exposition, vue de Meudon, au cr\u00e9puscule, parmi les fum\u00e9es, dans l&rsquo;\u00e9clair des projections \u00e9lectriques derri\u00e8re un premier \u00a0plan de pleine nature en silhouette d&rsquo;ombre sur toutes ces splendeurs lointaines.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En pages obscures ou claires, lumineuses ou profondes, qu&rsquo;il \u00e9voque la joie ou la douleur, quels que soient les aspects qui s&rsquo;offrent \u00e0 lui, Paul Renouard \u00e9crit au jour le jour, d&rsquo;un style parfait, d&rsquo;une main s\u00fbre et sinc\u00e8re, l&rsquo;histoire de la vie contemporaine ; c&rsquo;est un noble t\u00e2che \u00e0 laquelle il s&rsquo;est vou\u00e9, et l&rsquo;avenir lui en sera reconnaissant, car c&rsquo;est dans son oeuvre, et dans celle de quelques autres artistes du crayon, que les g\u00e9n\u00e9rations futures viendront puiser, su, dans les courts loisirs que leur laisseront les durs et graves probl\u00e8mes de la vie, elles sont prises de la curiosit\u00e9s de ressentir le frisson sp\u00e9cial de notre civilisation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Source :<\/strong><\/p>\n<p><strong style=\"font-weight: bold;\">Titre :\u00a0<\/strong>Hommes devant la nature et la vie : Rodin, Helleu, Le Sidaner, Steinlen, E. Claus, P. Renouard, Ch. Cottet, J. W. Alexander, J.-F. Raffaelli, F. Thaulow, G. La Touche, A. Baertsoen, Aman-Jean, A. Lep\u00e8re<br \/>\n<strong style=\"font-weight: bold;\">Auteur :\u00a0<\/strong>Mourey, Gabriel (1865-1943)<br \/>\n<strong style=\"font-weight: bold;\">\u00c9diteur :\u00a0<\/strong>P. Ollendorff (Paris)<br \/>\n<strong style=\"font-weight: bold;\">Date d&rsquo;\u00e9dition :\u00a0<\/strong>1902<br \/>\n<strong style=\"font-weight: bold;\">Type :\u00a0<\/strong>monographie imprim\u00e9e<br \/>\n<strong style=\"font-weight: bold;\">Langue : <\/strong>Fran\u00e7ais<br \/>\n<strong style=\"font-weight: bold;\">Format :\u00a0<\/strong>In-18, 327 p.<br \/>\n<strong style=\"font-weight: bold;\">Format :\u00a0<\/strong>application\/pdf<br \/>\n<strong style=\"font-weight: bold;\">Droits :\u00a0<\/strong>domaine public<br \/>\n<strong style=\"font-weight: bold;\">Identifiant :\u00a0<\/strong><a style=\"color: #156749;\" href=\"http:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k65768674\">ark:\/12148\/bpt6k65768674<br \/>\n<\/a><strong style=\"font-weight: bold;\">Source :\u00a0<\/strong>Biblioth\u00e8que de l&rsquo;INHA, coll. J. Doucet, 2013-412742<br \/>\n<strong style=\"font-weight: bold;\">Relation :\u00a0<\/strong><a style=\"color: #156749;\" href=\"http:\/\/catalogue.bnf.fr\/ark:\/12148\/cb30989113c\" target=\"_blank\">http:\/\/catalogue.bnf.fr\/ark:\/12148\/cb30989113c<br \/>\n<\/a><strong style=\"font-weight: bold;\">Provenance :\u00a0<\/strong>bnf.fr<\/p>\n<p><i>\u00a0<\/i><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Extrait &#8211;\u00a0\u00ab\u00a0Hommes devant la nature et la vie : Rodin, Helleu, Le Sidaner, Steinlen, E. Claus, P. Renouard, Ch. Cottet, J. W. Alexander, J.-F. Raffaelli, F. Thaulow, G. La Touche, A. Baertsoen, Aman-Jean, A. Lep\u00e8re\u00a0\u00bb, auteur :\u00a0Mourey, Gabriel (1865-1943) Paul Renouard Paul Renouard m&rsquo;appara\u00eet comme le type le plus accompli du dessinateur moderne. 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