{"id":582,"date":"2013-04-12T10:26:34","date_gmt":"2013-04-12T10:26:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.baronrenouard.com\/Renouard\/?p=582"},"modified":"2014-04-06T10:52:30","modified_gmt":"2014-04-06T10:52:30","slug":"etude-de-louis-vaunois-1922-3e-partie","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.baronrenouard.com\/Renouard\/etude-de-louis-vaunois-1922-3e-partie\/","title":{"rendered":"\u00c9tude de Louis Vaunois &#8211; 1922 &#8211; 3e partie"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Afin de vivre, il dessina d&rsquo;abord pour les catalogues industriels. Plus tard,\u00a0pour des journaux et des revues : sa collaboration au <em>Graphic\u00a0<\/em>et \u00e0 <em>l&rsquo;Illustration !\u00a0<\/em>fut universellement admir\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 cause de cet immense talent de dessinateur, on\u00a0l&rsquo;appelle \u00ab le grand croquiste \u00bb. Victime de sa propre gloire, il subit cette \u00e9tiquette, lui qui a produit des tableaux superbes, depuis le <em>Pas <\/em><em>de porte en Sologne\u00a0<\/em>jusqu&rsquo;aux portraits de nos contemporains. Mais voil\u00e0 ! ses toiles ne se contentent\u00a0pas de la couleur. Elles sont solidement dessin\u00e9es. Et les peintres d&rsquo;aujourd&rsquo;hui\u00a0prennent-ils beaucoup la peine de dessiner? Il pose l&rsquo;interrogation.\u00a0Pour lui, en quoi consiste dessiner? Il d\u00e9taille : \u00ab Cela ne consiste pas \u00e0 fixer\u00a0des yeux un objet, puis \u00e0 baisser le crayon sur le papier, puis \u00e0 relever le nez, puis\u00a0\u00e0 tracer un autre trait. Non. Je regarde. Il montre comment : il laisse le spectacle\u00a0prendre possession de lui. Aucune acuit\u00e9, pas la moindre intention de violenter\u00a0les choses : elles finiront bien par se livrer d&rsquo;elles-m\u00eames. Et voici sa\u00a0m\u00e9thode ; il donne un exemple :\u00a0\u00ab Une arriv\u00e9e de grands bless\u00e9s pendant la guerre. Personne n&rsquo;a vu cela. : Moi seul, j&rsquo;ai VU ce que les autres ont cru voir : ils ont <em>cru\u00a0<\/em>voir, d&rsquo;abord parce qu&rsquo;en r\u00e9alit\u00e9 ils\u00a0ne pouvaient pas voir (tout le monde pleurait, on ne pouvait\u00a0donc rien remarquer), et ensuite parce qu&rsquo;ils se forgeaient\u00a0une id\u00e9e d&rsquo;apr\u00e8s laquelle ils ce repr\u00e9sentaient ce d\u00e9fil\u00e9. Pour moi, j&rsquo;ai VU tout simplement. J&rsquo;ai crayonn\u00e9\u00a0mon impression vive, dans sa g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 lorsque le passage\u00a0des bless\u00e9s a \u00e9t\u00e9 termin\u00e9 : j&rsquo;ai indiqu\u00e9 le mouvement de la\u00a0sc\u00e8ne. Post\u00e9rieurement, j&rsquo;ai rendu visite \u00e0 chacun des soldats\u00a0et j&rsquo;ai fait leurs portraits individuels. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De m\u00eame pour <em>l&rsquo;Exode <\/em><em>de Soissons, dans la for\u00eat de\u00a0<\/em><em>Villers-Cotterets, <\/em>l&rsquo;une des trente grandes compositions\u00a0grav\u00e9es sur cuivre qui constituent l&rsquo;inoubliable s\u00e9rie sur la\u00a0guerre. A l&rsquo;arri\u00e8re-plan, un bois qu&rsquo;envahit la nuit ; des\u00a0troncs d&rsquo;arbres sortent de la mi-obscurit\u00e9. A gauche, sur le\u00a0bord de la route, des caissons renvers\u00e9s. Entre eux et le\u00a0fond. La mar\u00e9e des \u00e9vacu\u00e9s. Le tumulte de fuite est irr\u00e9sistible\u00a0: quelques t\u00eates seulement en \u00e9mergent, juste ce\u00a0qu&rsquo;on aper\u00e7oit dans la houle du troupeau. Renouard s&rsquo;informe\u00a0de la prochaine halte de ces pauvres gens ; il les y\u00a0rejoint et ach\u00e8ve leurs portraits. \u00c7\u00e0 y est : c&rsquo;est bien eux, plus r\u00e9els que dans la r\u00e9alit\u00e9 fugitive, car l&rsquo;oeuvre de l&rsquo;artiste d\u00e9voile leur \u00e2me tout enti\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parmi la m\u00eame s\u00e9rie, la s\u00e9ance clu 4 ao\u00fbt 1914 \u00e0 la Chambre des D\u00e9put\u00e9s, et\u00a0la Journ\u00e9e de l&rsquo;Alsace-Lorraine (place de la Concorde &#8211; 1919) paraissent accuser\u00a0encore davantage une mani\u00e8re jamais innov\u00e9e avant Renouard et dont jamais\u00a0n&rsquo;approchera nulle imitation. Quel extraordinaire tour de force que cette\u00a0<em>s\u00e9ance de la Chambre ! <\/em>La sensation qui saute sur vous au moment o\u00f9 vous entrez dans la salle. Le jour tombe du plafond sur l&rsquo;h\u00e9micycle grouillant sur un fouillis de\u00a0t\u00eates clair ; on devine les corps sombres, dress\u00e9s, \u00e9tendu. On ne distingue\u00a0juste qu&rsquo;une t\u00eate: le pr\u00e9sident Deschanel. Les \u00a0autres, non ; mais on voit la place de chacune : pas une n&rsquo;est dessin\u00e9e, toutes sont l\u00e0. C&rsquo;est criant ; on ne sait pas\u00a0comment c&rsquo;est fait, &#8211; c&rsquo;est la vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant \u00e0 l&rsquo;invraisemblable ru\u00e9e de la foule sur la place\u00a0de la Concorde \u00e0 <em>la Journ\u00e9e de l&rsquo;Alsace-Lorraine, <\/em>essayez\u00a0d&rsquo;analyser, de d\u00e9m\u00ealer cet enchev\u00eatrement de hachures\u00a0f\u00e9briles. Je vous d\u00e9fie d&rsquo;isoler l\u00e0-dedans une seule unit\u00e9\u00a0humaine. Reculez-vous : voici l&rsquo;enthousiasme d&rsquo;un peuple.\u00a0Le secret de Renouard, je vous le donne, tel qu&rsquo;il me\u00a0l&rsquo;a dit : \u00ab Le sujet doit vous sugg\u00e9rer imm\u00e9diatement le\u00a0moyen de le repr\u00e9senter. Et le moyen est toujours diff\u00e9rent selon les circonstances. L&rsquo;instantan\u00e9it\u00e9 est terrible: une vision vous frappe,\u00a0il faut la happer. Le plus souvent, il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;ex\u00e9cuter un portrait, mais\u00a0plut\u00f4t la silhouette d&rsquo;un ensemble. \u00bb Et maintenant, allez-y, faites-en autant!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;instantan\u00e9it\u00e9 de la perception et de la reproduction pouss\u00e9e \u00e0 ce point tient\u00a0du prodige. L&rsquo;homme, alors, n&rsquo;est plus qu&rsquo;un regard : il voit, et il n&rsquo;entend plus\u00a0rien. Deschanel, du haut du si\u00e8ge pr\u00e9sidentiel \u00e0 la Chambre, interpelle un interrupteur\u00a0ou calme la temp\u00eate : ses paroles n&rsquo;importent pas! &#8211; Labori tonitrue :\u00a0sa toge s&rsquo;envole au souffle de la conviction, et les vastes manches deviennent des\u00a0ailes ; et cette bouche, cette bouche d&rsquo;o\u00f9 se pr\u00e9cipite le feu du verbe ! Entre vingt\u00a0croquis, en voici deux : \u00ab La v\u00e9rit\u00e9 ? \u00bb clame l&rsquo;avocat (c&rsquo;est au proc\u00e8s Zola). Il\u00a0veut la v\u00e9rit\u00e9, toute son attitude l&rsquo;appelle, le bras s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve pour la saisir. Deuxi\u00e8me\u00a0croquis: \u00ab La voil\u00e0 !\u00a0\u00bb Il l&rsquo;apporte ! Il l&rsquo;a attrap\u00e9e, il baisse les mains, il l&rsquo;offre\u00a0aux juges. L&rsquo;\u00eatre entier peint chaque fois deux mots: \u00ab La v\u00e9rit\u00e9 ? &#8211; La\u00a0voil\u00e0 ! \u00bb\u00a0Renouard ne les a pas entendus, il les a vus ! Et dans j&rsquo;intervalle d&rsquo;un\u00a0\u00e9clair il jette deux documents imp\u00e9rissables,\u00a0Ainsi travaille Paul Renouard. Il se d\u00e9livre de l&rsquo;impression soudaine en la\u00a0lan\u00e7ant sur le papier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsqu&rsquo;il grave, il va vite \u00e9galement. Les exigences de l&rsquo;actualit\u00e9 moderne ne\u00a0correspondent plus au m\u00e9tier patient que pouvaient se permettre le XVIIe et le\u00a0XVIIIe si\u00e8cles. Renouard inventa\u00a0des proc\u00e9d\u00e9s qui d\u00e9rout\u00e8rent les\u00a0plus savants (notamment son fameux\u00a0\u00ab soufflet \u00e0 punaises \u00bb par\u00a0lequel il r\u00e9pand de la sandaraque\u00a0sur une plaque de cuivre\u00a0afin d&rsquo;ex\u00e9cuter les teintes).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand c&rsquo;est fini, Renouard ne\u00a0s&rsquo;attarde pas. Ce qui est fait ne\u00a0retient pas son attention, il\u00a0cherche imm\u00e9diatement ce qui<strong>, <\/strong>reste \u00e0 faire.\u00a0\u00ab Ne retouchez-vous pas par-fois\u00a0vos dessins ?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il sursaute, \u00ab Corriger ? Jamais !\u00a0Je ne me le permettrais pas ! Le moment que j&rsquo;ai r\u00e9p\u00e9t\u00e9 sur la feuille, je\u00a0n&rsquo;ai pas le droit de le changer. C&rsquo;est d&rsquo;apr\u00e8s nature.\u00a0\u00ab Vous connaissez le Palais de Justice. Connaissez-vous la prison des cochers ?\u00a0Nagu\u00e8re on y amenait les cochers qui avaient contrevenu aux r\u00e8glements. Eh bien,\u00a0dans ce Palais o\u00f9 tant de vilenies aboutissent, ce coin-l\u00e0 \u00e9voque un souvenir d\u00e9licieux.\u00a0Ah! si l&rsquo;on savait le Pass\u00e9 ! Ce coin, voyez-vous, est l&rsquo;ancien clo\u00eetre de\u00a0Saint-Louis. Il en demeure quelques arcades. Les dames s&rsquo;y r\u00e9unissaient autrefois\u00a0pour composer leurs tapisseries. Elles se groupaient sur le pourtour, et des fleurs\u00a0croissaient au milieu. Les fleurs offraient aux dames les couleurs les plus fra\u00eeches.\u00a0Et les dames regardaient les fleurs. Pour faire leurs tapisseries, elles assortissaient\u00a0les couleurs de leurs laines d&rsquo;apr\u00e8s les couleurs des corolles. D&rsquo;apr\u00e8s nature ! \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Discr\u00e8tement, il esquisse le geste de regarder la fleur, puis celui de tirer la\u00a0laine de l&rsquo;\u00e9cheveau. Est-il le\u00e7on plus gracieuse que celle de la triste prison des\u00a0cochers ? Et il conclut :\u00a0\u00ab Tout ce qui n&rsquo;est pas d&rsquo;apr\u00e8s nature, fichez-moi \u00e7a au feu! \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a title=\"4e partie\" href=\"http:\/\/www.baronrenouard.com\/Renouard\/etude-louis-vaunois-4e-partie-1924\/\" target=\"_blank\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Afin de vivre, il dessina d&rsquo;abord pour les catalogues industriels. Plus tard,\u00a0pour des journaux et des revues : sa collaboration au Graphic\u00a0et \u00e0 l&rsquo;Illustration !\u00a0fut universellement admir\u00e9e. \u00c0 cause de cet immense talent de dessinateur, on\u00a0l&rsquo;appelle \u00ab le grand croquiste \u00bb. 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