{"id":1274,"date":"2015-09-13T15:20:02","date_gmt":"2015-09-13T15:20:02","guid":{"rendered":"http:\/\/www.baronrenouard.com\/Renouard\/?p=1274"},"modified":"2015-09-13T15:23:46","modified_gmt":"2015-09-13T15:23:46","slug":"renouard-par-armand-dayot","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.baronrenouard.com\/Renouard\/renouard-par-armand-dayot\/","title":{"rendered":"RENOUARD par Armand Dayot"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0Extrait de l&rsquo;ouvrage \u00ab\u00a0Le long des routes : r\u00e9cits et impressions\u00a0\u00bb d&rsquo;Armand Dayot, 1897 (Source : Biblioth\u00e8que nationale de France, d\u00e9partement Litt\u00e9rature et art, 8-Z-14600)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>RENOUARD<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsqu&rsquo;on me demanda d&rsquo;\u00e9crire ces pages, \u00e0 l&rsquo;occasion de l&rsquo;exposition des dessins de Paul Renouard, je ne connaissais que tr\u00e8s incompl\u00e8tement l&rsquo;\u0153uvre de l&rsquo;artiste, et sa physionomie m&rsquo;\u00e9tait tout a fait \u00e9trang\u00e8re. Aussi, malgr\u00e9 mon tr\u00e8s vif d\u00e9sir de dire de ce talent si original et si primesautier tout le bien que j&rsquo;en pense, j&rsquo;allais d\u00e9cliner l&rsquo;offre flatteuse qui m&rsquo;\u00e9tait faite, quand j&rsquo;appris que Renouard, le plus nomade des artistes, \u00e9tait, chose \u00e9trange, en ce moment \u00e0 Paris. Je sautai bien vite en voiture, et malgr\u00e9 l&rsquo;heure tr\u00e8s avanc\u00e9e de la nuit, je me fis conduire chez lui, rue de l&rsquo;Arbre-Sec, entre te mus\u00e9e du Louvre et les Halles centr\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette visite comptera parmi les plus alpestres souvenirs de mon existence. Apr\u00e8s avoir travers\u00e9s plusieurs cours, gravi, au milieu de t\u00e9n\u00e8bres opaques, un nombre consid\u00e9rables d&rsquo;\u00e9tages en m&rsquo;accrochant \u00e0 la rampe branlante d&rsquo;un escalier glissant, je me trouv\u00e2t dans un \u00e9troit corridor o\u00f9 se mariaient, puissants ar\u00f4mes, les odeurs des si\u00e8cles et les senteurs des chats, et au fond duquel tremblotait un lumignon craintif. Tout \u00e0 fait sinistre, ce promenoir silencieux Mon nocturne p\u00e8lerinage fut brusquement arr\u00eat\u00e9 ,par une porte basse \u00e0 laquelle je cognai discr\u00e8tement, mais non sans une certaine appr\u00e9hension. Un homme d&rsquo;une quarantaine d&rsquo;ann\u00e9es, prodigieusement barbu, le visage macul\u00e9 de mine de plomb, coiff\u00e9 d&rsquo;un yokohama tr\u00e8s antique, m&rsquo;ouvrit en fron\u00e7ant le sourcil d&rsquo;un air presque courrouc\u00e9. M. Paul Renouard hasardai-je, timidement. \u2013 C&rsquo;est moi, monsieur, que d\u00e9sirez-vous?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et cette r\u00e9ponse \u00e9tait accompagn\u00e9e d&rsquo;un regard aigu et profond, d&rsquo;une intensit\u00e9 extraordinaire. Je m&#8217;empresse d&rsquo;ajouter qu&rsquo;un joyeux sourire \u00e9claira la figure broussailleuse et un peu sauvage de l&rsquo;artiste, lorsqu&rsquo;apr\u00e8s m&rsquo;\u00eatre nomm\u00e9, j&rsquo;eus fait conna\u00eetre la cause imp\u00e9rieuse de ma nocturne visite. Vous avez eu, me dit il, un flair \u00e9tonnant en venant ce soir demain vous ne me trouviez plus. Je pars dans quelques heures pour Rome, o\u00f9 \u00ab je vais faire ma semaine sainte \u00bb pour le Figaro Illustr\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;atelier a\u00e9rien de Renouard, vaste salle aux grands murs nus, largement \u00e9clair\u00e9e par le haut et meubl\u00e9e avec une simplicit\u00e9 claustrale, \u00e9tait encombr\u00e9 de dessins. Depuis plusieurs jours l&rsquo;artiste travaillait sans rel\u00e2che \u00e0 y centraliser les meilleures de ses oeuvres innombrables. Je confesse que mon trouble a \u00e9t\u00e9 grand lorsque je me suis trouv\u00e9 plong\u00e9 au milieu de ces amoncellements de dessins qui s&rsquo;\u00e9chappaient des cartons trop pleins, s&rsquo;\u00e9tageaient sur les chaises, faisaient ployer les tables, s&rsquo;\u00e9talaient sur le parquet. car je songeais avec une tr\u00e8s l\u00e9gitime inqui\u00e9tude que je n&rsquo;avais que de courts instants pour \u00e9tudier les infinis d\u00e9tails de cette \u0153uvre si vivante, si complexe, si vari\u00e9e, et quelques pages seulement pour r\u00e9sumer mes impressions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ici un l\u00e9ger pr\u00e9lude biographique est de rigueur. La vocation artistique de Renouard fut longue \u00e0 se manifester. Il avait vingt-quatre ans, lorsqu&rsquo;il poussa pour la premi\u00e8re fois son \u00ab \u00ab Ed anch&rsquo;io son pittore 1 II remplissait \u00e0 cette \u00e9poque les humbles fonctions de petit employ\u00e9 de commerce dans un modeste magasin, et ce fut par un dimanche pluvieux, un de ces dimanches lamentables o~ les galeries de, nos mus\u00e9es deviennent des refuges pour les troupeaux errants des bourgeois attrist\u00e9s, qu&rsquo;il sentit Sourir dans son \u00e2me le go\u00fbt de l&rsquo;art sous le regard caressant d&rsquo;une Vierge de Botticelli. Indiff\u00e9rent \u00e0 la foule vulgaire et bruyante, dont il devait \u00eatre bient\u00f4t l&rsquo;observateur passionn\u00e9, et qui, en ce moment, s&rsquo;\u00e9crasait autour de lui, il se laissa doucement p\u00e9n\u00e9trer, puis s\u00e9duire, par la gr\u00e2ce m\u00e9lancolique et l&rsquo;archa\u00efsme \u00e9l\u00e9gant du Maitre florentin. A partir du j9ur o\u00f9 la religion de l&rsquo;art luijut si soudainement r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par le myst\u00e9rieux sourire de la Vierge il s\u00e9para dans d&rsquo;interminables songeries esth\u00e9tiques et devint le plus d\u00e9testable ficeleur de paquets de son magasin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s lors, sans doute, sa famille le crut irr\u00e9m\u00e9diablement perdu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfi\u00e9vr\u00e9 par le d\u00e9sir de r\u00e9aliser ses r\u00eaves d&rsquo;artiste, douloureusement hant\u00e9 par la pens\u00e9e des ann\u00e9es perdues, Renouard se mit \u00e0 travailler avec une v\u00e9ritable fureur. Il dit un \u00e9ternel adieu au commerce et fit de la lithographie industrielle pour vivre. Le soir il suivait les cours de dessin de l&rsquo;\u00e9cole communale de son arrondissement, et ses progr\u00e8s y f\u00f9rent si rapides, qu&rsquo;au bout de quelques mois, il entrait \u00e0 l&rsquo;atelier de Pils. Ce dernier ne tarda \u00e0 reconna\u00eetre en lui un artiste de race et le prit en tr\u00e8s vive affection.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur ces entrefaites\/le Ma\u00eetre fut charg\u00e9 de la d\u00e9coration de l&rsquo;escalier de l&rsquo;Op\u00e9ra. Mais le mauvais \u00e9tat de sa sant\u00e9 l&rsquo;obligea \u00e0 se faire suppl\u00e9er dans cette lourde t\u00e2che par un de ses meilleurs \u00e9l\u00e8ves, Georges Clarin, qui s&#8217;empressa de s&rsquo;adjoindre son excellent ami Renouard. Cette bonne aventure eut sur la carri\u00e8re artistique de ce dernier une influence d\u00e9cisive.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;ai puis\u00e9 \u00e0 bonne source les d\u00e9tails qui suivent, et Us m&rsquo;ont sembl\u00e9 assez pittoresques pour \u00eatre mentionn\u00e9s, et bien de nature \u00e0 mettre en pleine lumi\u00e8re la physionomie originale de Renouard, qui, para\u00eet-il, n&rsquo;est pas seulement un dessinateur de tr\u00e8s grand talent, mais aussi un chanteur de premier ordre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je n&rsquo;ai pu savoir si sa voix merveilleuse s&rsquo;est subitement \u00e9panouie dans l&rsquo;atmosph\u00e8re musicale de l&rsquo;Op\u00e9ra, comme son go\u00fbt pour la peinture au milieu des cadres gothiques des primitifs italiens, mais ce que je n&rsquo;ignore pas, c&rsquo;est que lorsqu&rsquo;il brossait les lions d\u00e9coratifs du grand escalier, il lan\u00e7ait des roulades \u00e9tourdissantes o\u00f9 les ut de poitrine se succ\u00e9daient sans effort. Et l&rsquo;effet de cette voix superbe \u00e9tait si prodigieux, que les visiteurs \u00e9tonn\u00e9s se demandaient si M. Halanzier n&rsquo;avait pas eu l&rsquo;id\u00e9e bizarre de confier \u00e0 ses pensionnaires le soin de d\u00e9corer les murs de son th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais Renouard n&rsquo;est pas seulement un chanteur \u00e9m\u00e9rite, un ex\u00e9cutant remarquable. Comme beaucoup de ses contemporains, il est atteint aussi de musicomanie aigu\u00eb et il abandonnait volontiers brosses et pinceaux pour p\u00e9n\u00e9trer dans la salle \u00e0 l&rsquo;heure des r\u00e9p\u00e9titions. Ah la chose n&rsquo;\u00e9tait pas facile. Mais, gr\u00e2ce \u00e0 la souplesse remarquable de ses mouvements, il r\u00e9ussissait presque toujours, en rampant sans bruit derri\u00e8re les fauteuils, \u00e0 trouver dans un recoin ombreux une bonne place \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la rampe. Et l\u00e0, invisible \u00e0 tous les yeux, il s&#8217;emplissait voluptueusement les oreilles de bruits vari\u00e9s et couvrait de croquis les feuilles de son album.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais le spectacle artificiel de la sc\u00e8ne fut impuissant \u00e0 satisfaire son esprit d&rsquo;observation toujours en qu\u00eate d&rsquo;attitudes nouvelles, de types et de milieux nouveaux. Attir\u00e9 par le chant, charm\u00e9 par la danse, s\u00e9duit par les d\u00e9cors, il voulut \u00e9tudier de pr\u00e8s, dans la r\u00e9alit\u00e9 de leur existence, les artistes entrevus dans le prestige des r\u00f4les et les machinistes dissimul\u00e9s derri\u00e8re la magie des d\u00e9cors.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bient\u00f4t, toujours avec une discr\u00e9tion savante, Renouard p\u00e9n\u00e9trait dans les coulisses, son album sous le bras, et la tenue de cet audacieux, \u00e9ternellement v\u00eatu de sa longue redingote noire declergyman, commandait un si profond respect qu&rsquo;il ne vint jamais \u00e0 la pens\u00e9e d&rsquo;un surveillant de le troubler dans l&rsquo;exercice de ses fonctions en lui demandant s&rsquo;il \u00e9tait autoris\u00e9 \u00e0 franchir les entr\u00e9es prohib\u00e9es. Pendant des semaines, pendant des mois, il erra en toute libert\u00e9 \u00e0 travers les innombrables intestins du th\u00e9\u00e2tre, son crayons aux doigts. Les promenades de Renouard dans tous les m\u00e9andres de l&rsquo;Op\u00e9ra, qui semblait \u00eatre devenu son domaine, ne pouvaient se prolonger ind\u00e9finiment sans attirer l&rsquo;attention du directeur qui, malgr\u00e9 l&rsquo;attitude pleine de gravit\u00e9 de notre artiste, se permit de lui demander un soir, en le voyant tr\u00e8s occup\u00e9 \u00e0 croquer un pompier somnolent, s&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 officiellement autoris\u00e9 \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer dans les coulisses du th\u00e9\u00e2tre et \u00e0 fixer \u00e0 la mine de plomb les sveltes \u00e9l\u00e9gances des danseuses et les raccourcis des pompiers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jamais, monsieur, dit Renouard en s&rsquo;inclinant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et depuis quand, monsieur, faites-vous ce m\u00e9tier r\u00e9pliqua M. Halanzier, visiblement piqu\u00e9. Depuis quatre mois, r\u00e9pondit Renouard avec un calme majestueux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voulez-vous avoir l&rsquo;obligeance de me faire voir votre album ? fit le directeur foudroy\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 Voila, dit simplement Renouard en remettant l&rsquo;objet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">M. Halanzier le feuilleta longuement, puis le rendit \u00e0 l&rsquo;artiste en lui disant :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 Tons mes compliments, mon cher ami. Faites-moi le plaisir de m&rsquo;accompagner jusqu&rsquo;\u00e0 mon cabinet que je vous d\u00e9livre l&rsquo;autorisation n\u00e9cessaire. D\u00e9sormais vous \u00eates ici chez vous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A partir de ce moment, Renouard devint l&rsquo;h\u00f4te assidu de l&rsquo;Op\u00e9ra. Il y r\u00f4dait du matin au soir, v\u00eatu de cette longue et imposante redingote noire qui ajoutait encore \u00e0 l&rsquo;aust\u00e8re gravit\u00e9 de sa physionomie et dont la sombre apparition rendait tr\u00e8s circonspects les rats les plus familiers. Pas un recoin du th\u00e9\u00e2tre n&rsquo;a \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 ses p\u00e9n\u00e9trantes investigations, et tout le personnel de notre Acad\u00e9mie nationale de musique, depuis l&rsquo;humble choriste jusqu&rsquo;aux plus \u00e9blouissantes \u00e9toiles, a inconsciemment pos\u00e9 devant son infatigable crayon. H y aurait assur\u00e9ment la mati\u00e8re d&rsquo;un merveilleux album, dans tous les croquis qu&rsquo;il fit alors et dont la plupart ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s par nos principales feuilles illustr\u00e9es~ C&rsquo;est de cette \u00e9poque que datent ses tr\u00e8s remarquables gravures originales \u00e0 l&rsquo;aquatinte d&rsquo;une si s\u00e9duisante habilet\u00e9 d&rsquo;ex\u00e9cution, d&rsquo;une couleur si puissante, et qui constituent, \u00e0 notre avis, une des parties les plus importantes de son \u0153uvre. Nous ne saurions trop conseiller au visiteur de l&rsquo;exposition de la rue Saint-Lazare de s&rsquo;arr\u00eater longuement devant les cinq pi\u00e8ces capitales qui figurent au catalogue sous ces divers titres Le Charpentier de Op\u00e9ra, Une Visite sur les Toits, ~&rsquo;a?eycxc6s de jDaM~6,j8a;~\u00ebW6 de l&rsquo;Orchestre, Le ~)~e.(l). La publication des premiers croquis de Renouard frappa vivement l&rsquo;attention du public. Les lecteurs artistiques de nos feuilles illustr\u00e9es, \u00e9c\u0153ur\u00e9s depuis longtemps par le, spectacle \u00e9ternel des fades vignettes o\u00f9 se trouvent emprisonn\u00e9s dans une formule impersonnelle les traits aga\u00e7ants et les gestes compos\u00e9s de personnages ridiculement romanesques, furent fort agr\u00e9ablement surpris par la soudaine apparition de ces dessins si originaux et si vivants, d&rsquo;une ex\u00e9cution si forte et d&rsquo;une couleur si vraie. Le succ\u00e8s qu&rsquo;obtinrent les Petites Violonistes, publi\u00e9es, si je ne me trompe, dans l&rsquo;Illustration, fut consid\u00e9rable. Et vraiment, m\u00eame dans la suite, Renouard fut rarement mieux inspir\u00e9 que lorsqu&rsquo;il peignit de son crayon gras et lumineux ces charmantes fillettes en robe courte debout devant leurs pupitres, dans toute l&rsquo;exquise fraicheur de leur jeunesse gracile, et si charmantes dans leurs attitudes encore enfantines.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Entre temps il s&rsquo;arrachait aux s\u00e9ductions de l&rsquo;Op\u00e9ra et du Conservatoire, milieux attirants o\u00f9 sa m\u00e9lomanie trouvait aussi son compte, pour enrichir sa collection de figures nouvelles, saisies presque toujours dans le mouvement d&rsquo;une occupation professionnelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qui ne se souvient de ses amusantes s\u00e9ries de (1) Toutes ces eaux-fortes (une trentaine) ont \u00e9t\u00e9 pubi\u00e9es depuis peu sous la forme d&rsquo;un superbe album intitul\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra. dessins, d&rsquo;une observation si profonde, sur les Gens de robe, sur les Cuisiniers, sur les Com\u00e9diens, sur les Orateurs des r\u00e9unions publiques, sur les Chroniqueurs judiciaires, sur les T\u00e9l\u00e9phones, sur le Peuple des Halles, sur le Voyage de Paris \u00e0 New-York, sur l&rsquo;Arm\u00e9e du Salut, etc., publi\u00e9s en grande partie par la Revue Illustr\u00e9e, sujets pleins d&rsquo;\u00e9pisodes joyeux qu&rsquo;il a d\u00e9crits dans des poses inoubliables et des expressions d&rsquo;un grotesque parfait, sans jamais pour cela avoir recours au proc\u00e9d\u00e9 caricatural ? Car ce qui assure \u00e0 Renouard une place tout \u00e0 fait \u00e0 part parmi les illustrateurs modernes, ind\u00e9pendamment de la puissante originalit\u00e9 de son ex\u00e9cution primesauti\u00e8re, c&rsquo;est son \u00e9tonnante facult\u00e9 de r\u00e9sumer dans l&rsquo;attitude, le geste et les traits d&rsquo;un personnage d&rsquo;une de ses cat\u00e9gories, la physionomie g\u00e9n\u00e9rale de la cat\u00e9gorie tout enti\u00e8re, en \u00e9vitant d&rsquo;accuser davantage le caract\u00e8re de son prototype par une exag\u00e9ration comique, souvent trop facile \u00e0 r\u00e9aliser.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le personnage de Renouard est tr\u00e8s simplement humain, et l&rsquo;artiste a pens\u00e9 sans doute qu&rsquo;il n&rsquo;avait qu&rsquo;\u00e0 peindre en toute sinc\u00e9rit\u00e9 l&rsquo;agitation de ses contemporains pour les rendre suffisamment ridicules. De toutes les b\u00eates de la cr\u00e9ation, Renouard a choisi l&rsquo;homme de pr\u00e9f\u00e9rence comme sujet d&rsquo;\u00e9tude, ce qui ne 1 emp\u00eache cependant pas de saisir au passage des physionomies d&rsquo;animaux d&rsquo;ordre inf\u00e9rieur 4ont il nous a magistralement d\u00e9peint les poses et les mouvements. Il a de son prestigieux crayon \u00e9crit des pages exquises sur les m\u0153urs des volailles et les culbutes des singes. Mais c&rsquo;est surtout dans la peinture de la vie intime du cochon, cette splendeur, qu&rsquo;il a trouv\u00e9 les plus brillantes occasions de faire exprimer par son crayon \u00e0 la fois d\u00e9licat et puissant, souple et robuste, les molles somptuosit\u00e9s des contours et les finesses des colorations. Ces cochons de Renouard. quelles merveilles !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;ai toujours devant les yeux ce superbe dessin repr\u00e9sentant une \u00e9norme truie maternellement \u00e9tendue sur le flanc et livrant avec un mouvement plein de gr\u00e2ce nonchalante, en soulevant l\u00e9g\u00e8rement une de ses jambes de derri\u00e8re, son large ventre tout mamelonn\u00e9 de t\u00e9tines \u00e0 l&rsquo;app\u00e9tit naissant de sa nombreuse et grouillante famille. Ah il faut voir avec quel entrain et quel empressement maladroit les porcelets s&rsquo;\u00e9lancent \u00e0 l&rsquo;assaut des mamelles turgescentes, pi\u00e9tinant le ventre mou, tenaillant de leur bouche inexp\u00e9riment\u00e9e les douloureux t\u00e9tons au milieu des flots de lait qui inondent le champ de bataille. Et pendant ce temps la bonne m\u00e8re, la douce et impassible martyre, feint de sommeiller derri\u00e8re l&rsquo;\u00e9ventail de ses larges oreilles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le choix des sujets d&rsquo;o\u00f9 sont n\u00e9es toutes les s\u00e9ries que nous venons de mentionner, aussi bien q~e tous les croquis enlev\u00e9s au foyer de la danse \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra et dans les classes du Conservatoire, indiquent assez que Renouard se compla\u00eet volontiers dans le spectacle de motifs peu propres \u00e0 inspirer de fun\u00e8bres m\u00e9ditations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant l&rsquo;examen des innombrables cartons de cet artiste nous autorise \u00e0 penser qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui son terrain d&rsquo;\u00e9tude pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 est celui o\u00f9 s&rsquo;agitent et sanglotent les mis\u00e8res et les douleurs humaines. On sent qu&rsquo;il \u00e9prouve une sorte de volupt\u00e9 \u00e2pre, faite de souffrance et de piti\u00e9, \u00e0 nous promener \u00e0 travers tous ces lamentables milieux, \u00e0 travers toutes ces g\u00e9hennes parisiennes qui s&rsquo;appellent les prisons, les tripots, les dispensaires, les d\u00e9p\u00f4ts, les h\u00f4pitaux, les infernales coulisses de la Bourse, les carrefours nocturnes. lieux maudits dont il a magistralement fix\u00e9 toutes les tristesses et les mis\u00e8res avec une puiss\u00e0nce d&rsquo;observation rare et dans une forme extraordinairement synth\u00e9tique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chacun de ses mis\u00e9rables est comme la personnification quintessenci\u00e9e du vice, et, pour ma part, je ne puis plus me repr\u00e9senter le joueur autrement que me le montre Renouard, avec ses yeux \u00e0 la paupi\u00e8re poch\u00e9e, ses tempes bilieuses, sa physionomie inqui\u00e8te et ses joues p\u00e2les et maigres ravin\u00e9es par le sillon des larmes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ces notes rapides, inspir\u00e9es par des choses \u00e0 peine entrevues, je renonce \u00e0 entretenir chrono-&lsquo; logiquement le lecteur des travaux de Renouard. Je me demande d&rsquo;ailleurs si l&rsquo;artiste lui-m\u00eame pourrait aujourd&rsquo;hui \u00e9crire une date pr\u00e9cise au bas de ses nombreux dessins. Sollicit\u00e9 de plus en plus, chaque jour, par les directeurs des principales feuilles illustr\u00e9es d&rsquo;Europe et d&rsquo;Am\u00e9rique, il n&rsquo;a gu\u00e8re le temps, dans sa vie errante et faite d&rsquo;un labeur incessant, de cataloguer tr\u00e8s m\u00e9thodiquement ses cartons dans le calme de son grenier de la rue de l&rsquo;Arbre-Sec, o\u00f9 il ne fait que de rares et courtes apparitions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;ensemble des dessins au crayon et au lavis qu&rsquo;il a rapportes d&rsquo;Angleterre et d&rsquo;Irlande forme une des parties les plus essentielles de son oeuvre. \u00c0 ce moraliste amer, qui cherche de pr\u00e9f\u00e9rence ses sujets d&rsquo;\u00e9tude dans les tristesses de la vie, pr\u00e9f\u00e9rant aussi Vireloque \u00e0 Brummei, et 1 \u00e9loquence pittoresque du haillon \u00e0 la banale correction du trac, les hideux taudis de Witchapel et les sombres tavernes irlandaises pleines de chants d&rsquo;ivresse dont les refrains sont des basph\u00e8mes et des cris de haine levaient fournir de puissants motifs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parfois cependant il fait une courte apparition dans le West-End et il en fixe rapidement, d&rsquo;un crayon l\u00e9ger, les aristocratiques \u00e9l\u00e9gances. Puis il p\u00e9n\u00e8tre dans les somptueux ateliers des ma\u00eetres contemporains de la peinture anglaise, et il en rapporte des vues d&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;un int\u00e9r\u00eat saisissant o\u00f9 vivent, dans toute la fi\u00e8vre de leur travail et dans la r\u00e9alit\u00e9 de leurs attitudes coutumi\u00e8res, les Fr\u00e9d\u00e9ric Leighton, les Millais, les Alma\u00efad\u00e9ma, les Pettit, les Long, les Luke Fildes. Ceci, \u00e0 proprement parler, n&rsquo;est plus de l&rsquo;illustration. C&rsquo;est l&rsquo;expression la plus vivante et la plus moderne du grand art du portrait. Mais il n&rsquo;\u00e9tait gu\u00e8re possible que, pendant son s\u00e9jour \u00e0 Londres, la ville du monde o\u00f9 les danseuses de th\u00e9\u00e2tre sont en plus grand nombre, Renouard ne f\u00fbt pas vivement sollicit\u00e9 par le d\u00e9sir de croquer quelques-uns des cong\u00e9n\u00e8res de ses chers petits rats de l&rsquo;Op\u00e9ra.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec le grand ma\u00eetre Degas, avec Ch\u00e9ret et Forain, Renouard forme une sorte de quadruple alliance artistique qui semble avoir solennellement jur\u00e9 d&rsquo;\u00e9lever un autel imp\u00e9rissable \u00e0 la moderne Terpsichore. Rien n&rsquo;\u00e9tait plus propre, il est vrai, \u00e0 tenter le pinceau et le crayon de ces artistes, sifi\u00e9vreusement \u00e9pris de modernit\u00e9, si courageusement partis en guerre contre les formules surann\u00e9es, que la ballerine \u00e9l\u00e9gante et nerveuse, avec la gr\u00e2ce troublante de ses mouvements rapides, le model\u00e9 vibrant de ses chairs, les d\u00e9licates nuances de ses maillots et les envol\u00e9es subites de sa jupe de gaze, blanche aur\u00e9ole de la croupe, o\u00f9 passe et frissonne, dans une lumi\u00e8re d&rsquo;or, toute la myst\u00e9rieuse f\u00e9erie des reflets.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;officine de M~&rsquo; Kattey-Lalner, \u00ab la fabricante de danseuses \u00bb, fut bient\u00f4t pour Renouard un centre d&rsquo;\u00e9tude plein d&rsquo;in\u00e9puisables sujets d&rsquo;observation, un lieu paradisiaque o\u00f9 il passa, m&rsquo;a-t-il dit, les heures les plus d\u00e9licieuses de sa vie, chargeant ses albums de croquis sans nombre, au milieu des petites danseuses qui voltigeaient autour de lui, se pr\u00e9parant, par des exercices savamment r\u00e9gl\u00e9s, aux \u00e9blouissantes apoth\u00e9oses de Drury-Lane.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toute la s\u00e9rie de dessins sur les petites danseuses de Londres est \u00e0 examiner de tr\u00e8s pr\u00e8s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tant\u00f4t comiques, comme dans le d\u00e9jeuner de Kattey-Lalner, tant\u00f4t touchantes, comme l&rsquo;arriv\u00e9e en haillons des petits sujets que d&rsquo;infatigables rabatteurs ont racol\u00e9s dans les carrefours mis\u00e9rables et les taudis de la Cit\u00e9, ces vivantes \u00e9tudes empruntent un int\u00e9r\u00eat nouveau au caract\u00e8re tr\u00e8s particulier du dessin. Ici Renouard a su, pour rendre l&rsquo;exquise d\u00e9licatesse des traits souvent alanguis de ses petits mod\u00e8les, p\u00e0les fleurs \u00e9closes dans l&rsquo;ombre, trouver des caresses de crayon d&rsquo;une \u00e9tonnante douceur. Ce vigoureux burineur de figures farouches et ravag\u00e9es se r\u00e9v\u00e8le, dans les portraits de ces fillettes aux fines allures et aux ang\u00e9liques visages, comme un maitre dans l&rsquo;art d&rsquo;exprimer la gr\u00e2ce des physionomies \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un dessin qui, dans sa distinction savante, fait songer aux meilleurs cartons de certains ma\u00eetres du si\u00e8cle pass\u00e9. En Angleterre, la m\u00e8re de la danseuse est un type exceptionnellement rare. Jamais sa figure, d\u00e9sormais l\u00e9gendaire chez nous, n&rsquo;appara\u00eet dans les compositions londoniennes de Renouard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les petites danseuses de Kattey-Lalner, abandonn\u00e9es presque nues dans les plus sombres endroits de la ville, et soigneusement recueilles par les rabatteurs de la v\u00e9n\u00e9rable Kattey, ignorent presque toujours les traits de la malheureuse qui les a livr\u00e9es \u00e0 la vie sur un fumier quelconque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Remercions le ciel qu&rsquo;il n&rsquo;en soit pas de m\u00eame \u00e0 Paris ! Nous n&rsquo;aurions jamais connu les cruelles d\u00e9ceptions et les sublimes angoisses de madame Cardinal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant son r\u00e9cent s\u00e9jour aux \u00c9tats-Unis, Renouard a choisi de pr\u00e9f\u00e9rence ses sujets d&rsquo;\u00e9tude dans le monde politique am\u00e9ricain. Il a rapport\u00e9 de Washington des compositions d&rsquo;une importance consid\u00e9rable, parmi lesquelles nous signalerons aux visiteurs de son exposition les superbes dessins \u00e0 la mine de plomb, catalogu\u00e9s sous les titres suivants La Commission des Finances, le Club des Hommes politiques, o\u00f9 nous remarquons M Roustan, notre ambassadeur \u00e0 Washington, et o\u00f9 nous reconnaissons les traits si caract\u00e9ristiques de M Paterson Bonaparte; la Commission des Voies et Moyens, terrible ar\u00e9opage o\u00f9 fu~ \u00e9labor\u00e9 le projet de loi qui frappe les \u0153uvres d&rsquo;art d&rsquo;un droit d&rsquo;entr\u00e9e. Tous ces groupes, d&rsquo;un ordonnancement tr\u00e8s habile, forment des r\u00e9unions de portraits d&rsquo;une surprenante r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Renouard nous permet aussi d&rsquo;assister, en faisant passer devant nos yeux des cartons grouillants de personnages, tous anim\u00e9s d&rsquo;une vie d\u00e9bordante, \u00e0 des s\u00e9ances des parlements am\u00e9ricains. Et nous avons pu constater, non sans une intime satisfaction, que ce n&rsquo;\u00e9tait pas seulement chez nous que les honorables repr\u00e9sentants du peuple souverain manquaient quelquefois aux plus \u00e9l\u00e9mentaires principes de la biens\u00e9ance parlementaire. 11 n&rsquo;est encore jamais arriv\u00e9, croyons-nous, \u00e0 un de nos d\u00e9put\u00e9s de poser ses pieds sur le dossier du fauteuil de son voisin, et si le r\u00e8glement obligeait nos secr\u00e9taires, ainsi que cela se pratique aux \u00c9tats-Unis, \u00e0 circuler \u00e0 travers les groupes l&rsquo;urne de vote \u00e0 la main, ils ne pourraient, sans nul doute, regagner leurs fauteuils respectifs sans avoir re\u00e7u force horions, tout comme dans une vulgaire r\u00e9union d&rsquo;anarchistes. Parmi tous ces portraits d&rsquo;hommes politiques am\u00e9ricains, aux traits \u00e9nergiques et aux allures souvent violentes de cow-boys mal d\u00e9grossis, deux ou trois ont tout particuli\u00e8rement attir\u00e9 notre attention, entre autres celui de M. Carliste, pr\u00e9sident de la Chambre des d\u00e9put\u00e9s, dont la t\u00eate intelligente et r\u00eaveuse, d&rsquo;une construction toute romaine, contraste ~i singuli\u00e8rement avec la physionomie hirsute et rageuse de M. Ingalls, son coll\u00e8gue \u00e0 la pr\u00e9sidence du S\u00e9nat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un bon type, en v\u00e9rit\u00e9, que ce pr\u00e9sident am\u00e9ricain L&rsquo;histoire de son portrait vaut la peine d&rsquo;\u00eatre cont\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Renouard put obtenir de lui deux heures de pose, au moment m\u00eame o\u00f9 il venait de terminer un terrible r\u00e9quisitoire qu&rsquo;il pronon\u00e7a contre le pr\u00e9sident Cleveland. M. Ingalls \u00e9tait encore tout fumant de col\u00e8re, lorsque, les bras crois\u00e9s sur la poitrine, les sourcils Orageux, le front charg\u00e9 de temp\u00eates, il posa devant l&rsquo;artiste, dans un local voisin de la salle des s\u00e9ances.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au bout d&rsquo;une demi-heure de travail, Renouard se permit d&rsquo;offrir \u00e0 son mod\u00e8le un instant de repos. \u2013 Merci, r\u00e9pondit le pr\u00e9sident Ingalls. Je ne suis pas fatigu\u00e9. Continuez.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;artiste r\u00e9it\u00e9ra quatre fois sa proposition pendant la dur\u00e9e de la s\u00e9ance. obtint quatre fois la m\u00eame r\u00e9ponse. Ce furent les seules paroles qu&rsquo;\u00e9chang\u00e8rent ces messieurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand j&rsquo;eus donn\u00e9 mon dernier coup de crayon, me dit Renouard, j&rsquo;\u00e9tais \u00e0 bout de forces. Je me sentais d\u00e9faillir et la sueur m&rsquo;inondait. M. Ingalls avait pos\u00e9 pendant deux heures, dans l&rsquo;immobilit\u00e9 la plus compl\u00e8te, sans manifester la moindre lassitude.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voyant l&rsquo;\u00e9tat navrant dans lequel se trouvait l&rsquo;artiste, il lui offrit tr\u00e8s gracieusement son bras pour le reconduire jusqu&rsquo;\u00e0 la porte de sortie, sans m\u00eame lui demander \u00e0 voir son portait :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Renouard nous pr\u00e9sente aussi dans sa s\u00e9rie am\u00e9ricaine cet extraordinaire M. Martin, repr\u00e9sentant du Texas, m\u00e9ditant, en se promenant dans son jardin, le grand discours qu&rsquo;il va prononcer \u00e0 la Chambre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque ce curieux personnage, dont les hom\u00e9lies sont d&rsquo;un comique in\u00e9narrable, demande la parole, un vote imm\u00e9diat de la Chambre remet l&rsquo;audition de son discours \u00e0 une s\u00e9ance de nuit, sp\u00e9cialement consacr\u00e9e au fantastique orateur. Alors c&rsquo;est f\u00eate \u00e0 Washington. Les billets d&rsquo;entr\u00e9e font prime. Tout le public chic-de la ville envahit les tribunes. Chacun emporte un petit panier de d\u00e9licatesses r\u00e9confortantes, et pendant des heures enti\u00e8res on \u00e9coute~ au milieu d&rsquo;une joie bruyante, les prodigieux d\u00e9veloppements oratoires de M. Martin, qui finalement s&rsquo;auale dans son fauteuil, avec un hoquet d&rsquo;\u00e9puisement, au milieu d&rsquo;un inextinguible \u00e9clat de rire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voici encore un autre bon type. Toujours un d\u00e9put\u00e9. Je regrette que son nom m&rsquo;\u00e9chappe. C&rsquo;est un protectionniste convaincu, qui, \u00e0 bout d&rsquo;arguments contre les th\u00e9ories libre-\u00e9changistes, sort brusquement de son pupitre un pantalon d&rsquo;origine am\u00e9ricaine et s&rsquo;efforce de proclamer l&rsquo;incomparable excellence de la fabrication nationale en cherchant vainement \u00e0 mettre en pi\u00e8ces le pantalon justificateur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au milieu de cette exposition de blanc et de noir, l&rsquo;\u0153il du visiteur sera vivement attir\u00e9 par deux ou trois pastels, \u0153uvres \u00e0 coup s\u00fbr int\u00e9ressantes et o\u00f9 l&rsquo;on retrouve toutes les qualit\u00e9s originales et puis santes du dessinateur, mais que nous eussions voulus moins charg\u00e9s de couleur, plus l\u00e9g\u00e8rement frott\u00e9s, d&rsquo;une ex\u00e9cution moins accentu\u00e9e. Nous ne pouvons n\u00e9anmoins qu&rsquo;applaudir au r\u00e9sultat obtenu par M.Renouard dans un genre tout nouveau pour lui. Les lumineux effets qu&rsquo;il a retir\u00e9s du crayon de couleur permettent d&rsquo;affirmer que notre brillante \u00e9cole de pastellistes compte d\u00e9sormais une pr\u00e9cieuse recrue de plus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce que nous avons vu jusqu&rsquo;ici, de l&rsquo;oeuvre si vivante, si vari\u00e9e, si originale de Paul Renouard nous fait un devoir de proclamer tr\u00e8s haut que cet artiste remarquable, si justement appr\u00e9ci\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, est ~VaaL&rsquo;maa~am~aLnn\u00b7 trop insuffisamment connu de ses compatriotes, et que la prochaine exposition de ses \u0153uvres sera fertile en int\u00e9ressantes r\u00e9v\u00e9lations. 11 y aura de bons moments \u00e0 passer dans l&rsquo;examen recueilli de tous ces cartons, sorte de miroirs fid\u00e8les o\u00f9 se refl\u00e8tent~ dans toute leur r\u00e9alit\u00e9, les grotesques et les damn\u00e9s de la vie, et qui couvriront bient\u00f4t les murs d&rsquo;o\u00f9 se sont enfuis, l\u00e9gers papillons aux ailes d\u00e9licatement velout\u00e9es de poudre d&rsquo;or et d&rsquo;azur, les inoubliables pastels de Ch\u00e9ret, dont on se souvient comme d&rsquo;une vision rose illumin\u00e9e par un blanc sourire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0Extrait de l&rsquo;ouvrage \u00ab\u00a0Le long des routes : r\u00e9cits et impressions\u00a0\u00bb d&rsquo;Armand Dayot, 1897 (Source : Biblioth\u00e8que nationale de France, d\u00e9partement Litt\u00e9rature et art, 8-Z-14600) RENOUARD Lorsqu&rsquo;on me demanda d&rsquo;\u00e9crire ces pages, \u00e0 l&rsquo;occasion de l&rsquo;exposition des dessins de Paul Renouard, je ne connaissais que tr\u00e8s incompl\u00e8tement l&rsquo;\u0153uvre de l&rsquo;artiste, et sa physionomie m&rsquo;\u00e9tait tout [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"ngg_post_thumbnail":0,"footnotes":""},"categories":[25],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.baronrenouard.com\/Renouard\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1274"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.baronrenouard.com\/Renouard\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.baronrenouard.com\/Renouard\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.baronrenouard.com\/Renouard\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.baronrenouard.com\/Renouard\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1274"}],"version-history":[{"count":3,"href":"http:\/\/www.baronrenouard.com\/Renouard\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1274\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1277,"href":"http:\/\/www.baronrenouard.com\/Renouard\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1274\/revisions\/1277"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.baronrenouard.com\/Renouard\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1274"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.baronrenouard.com\/Renouard\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1274"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.baronrenouard.com\/Renouard\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1274"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}